Après le flop au Ghana, vous voilà replongé dans l’ambiance de Genoa, avez-vous aujourd’hui évacué les images de la désillusion ?
Pas du tout. Je dois avouer qu’il sera très difficile de digérer la déconvenue à la Can. Surtout que cela n’a même pas encore fait un mois. Les souvenirs restent vivaces, mais en tant que footballeur professionnel, cela ne m’empêche pas de faire mon boulot correctement. Il m’arrive de penser très souvent à ce qui nous est arrivé, d’essayer de comprendre la situation mais en vain.
Désolé et en larmes, vous avez fait presque le tour des télévisions du monde après le match contre l’Afrique du Sud…
(Il coupe) Personne ne peut comprendre ce que j’ai ressenti durant ces moments. J’ai eu mal, très mal même car il m’était difficile de voir la réalité en face. Je ne pouvais pas croire que l’aventure s’arrêtait et que la qualité dont regorge le groupe n’a pas servi à grand-chose. Mieux, j’ai imaginé la mine des concitoyens restés au pays, de ceux qui avaient fait le déplacement pour nous pousser, le dégoût, l’amertume qu’ils doivent ressentir. Mes larmes traduisaient beaucoup de choses que je ne pouvais pas exprimer et qui, au fond de moi, me rongeaient, me brisaient le cœur. Bref, j’avais un sentiment d’impuissance devant la situation.
J’ai été supporter avant de porter le maillot national et je sais ce qu’on vit durant des instants pareils. Aussi, d’autres images comme celle de la remise du drapeau par le chef de l’Etat, l’ambiance qui règne dans notre maison les soirs de défaite de l’équipe nationale etc. ont défilé dans ma tête.
Un semblant de regret transparaît dans vos propos ?
C’est inévitable. J’aurais aimé ramener le trophée au pays comme on le promettait aux supporters. Les gars ont fait ce qu’ils pouvaient. Ils ont sué fort pour triompher, malheureusement il devait en être autrement. C’est le foot qui est ainsi, on n’y pouvait rien. Le principal maintenant, c’est de ne pas se décourager, se remettre au boulot et espérer un meilleur sort prochainement.
Trouvez-vous des explications à cette déroute ?
J’ai dit tantôt que je ne me l’explique pas. Surtout que l’équipe a fait ce qu’il fallait. Les joueurs se sont battus (Il se tait un moment). Peut-être qu’il y a eu des concours de circonstances qui ont accouché de cette situation. Ce qui est constant, c’est qu’on avait tous l’intention, l’envie et la volonté pour faire honneur au peuple. On était dans de bonnes dispositions et c’est pourquoi on ne comprend toujours pas ce qui se passait les jours de matches. Rien ne passait, on était en réel manque de réussite tant dans le dernier geste que dans toutes les autres entreprises.
C’est dire donc que la campagne sera à jamais gravée dans votre mémoire ?
C’est clair. Il existe deux raisons fondamentales pour lesquelles je n’oublierai pas cette Can : d’abord c’était mon baptême du feu mais aussi et surtout, elle a été ma pire surprise en tant que footballeur. La pilule a été d’autant plus dure à avaler qu’on avait un très bon groupe, très solidaire, où l’envie et la détermination pour hisser le drapeau au plus haut niveau étaient de mise.
Au plan personnel, la Can vous a quand même profité ?
Tout à fait ! Elle m’a été profitable à tout point de vue. Ce fut l’occasion de gagner en expérience pour booster davantage ma jeune carrière. Le fait seulement d’être dans le groupe, de découvrir l’événement majeur du sport africain est une satisfaction.
Cette Can, selon des spécialistes, marque la fin d’une génération (2002) et l’intronisation d’une autre…
Fin ? C’est peut-être une exagération. Il y en a parmi les joueurs de 2002 qui peuvent encore tenir le flambeau et guider les pas des nouveaux en sélection. On ne devrait pas vite fait de ranger certains au placard alors qu’ils disposent toujours d’arguments solides pour prétendre à une place dans l’équipe. Le football est un tout, il faut certes de la jeunesse mais aussi de l’expérience. Et, ce vécu, les anciens en disposent suffisamment.
A votre avis qui est responsable du flop ?
Les responsabilités ne peuvent qu’être partagées. Il ne faudrait pas vouloir faire porter le chapeau à une personne ou à un groupe d’individus. Disons plutôt que tout le monde est comptable de cette déconvenue. Au lieu de polémiquer sur une telle question, le plus urgent à mon avis est de se remettre au travail pour rectifier le tir prochainement. D’autres rendez-vous très importants se dressent devant nous, et l’on n’a pas droit à l’erreur cette fois-ci. Pour cela, il est donc judicieux de ne pas perdre de temps sur des débats stériles et sans véritable utilité.