vendredi, juillet 19

Avec le vol inaugural réussi d’Ariane 6, l’Europe est enfin de retour dans l’espace

Dans la salle Jupiter, le cerveau du Centre spatial guyanais (CSG), il y a eu beaucoup de larmes et de regards embués mais aussi de très nombreux sourires, des poings serrés, de longues étreintes ainsi que des applaudissement nourris quand Ariane 6 a réussi dans la nuit de mardi à mercredi une très grande partie de ses missions. A ce moment-là, la salle Jupiter, où étaient installées une très grande partie des équipes de coordination de l’Agence spatiale européenne (ESA), du CNES et d’ArianeGroup pour piloter le vol inaugural d’Ariane 6 (version 62), était noyée par un déluge d’émotions. Et l’énorme soulagement ressenti était à la hauteur de la terrible pression, qui s’était peu à peu installée dans tous les esprits à mesure que le lancement approchait. Car ils avaient tant souffert ensemble face aux nombreuses critiques justifiées ou pas et à la complexité du futur lanceur lourd de l’Europe.

Et les langues se sont alors déliées, révélant crûment tous les enjeux cachés de ce vol inaugural. En cas d’échec, il n’y aurait peut-être pas eu une deuxième chance pour Ariane 6. Ou en tout cas, il y aurait beaucoup de débats sur son avenir. Mais le succès du vol de démonstration a balayé toutes ces craintes et les doutes d’avant lancement pour laisser place à une explosion de joie sincère et primaire des équipes de l’ESA, du CNES et d’ArianeGroup pourtant rompues à cet exercice.

Succès d’Ariane 6

Ce lanceur modulaire et polyvalent, capable d’atteindre aussi bien l’orbite terrestre basse que l’espace lointain, a pris son envol en effectuant son premier vol depuis le CSG le 9 juillet à 16h00 heure locale (21h00 heure de Paris). Une véritable horloge suisse avec une chronologie parfaite. Ce qui est rarissime pour un premier vol. « C’est un moment historique pour l’ESA et l’Europe », a lancé mardi soir le directeur général de l’ESA Josef Aschbacher. Pour le PDG du CNES si solaire mardi soir, Philippe Baptiste, ce succès marque le retour de l’Europe dans l’espace « Europe back in space (sic) » –, et notamment de son autonomie en matière d’accès à l’espace. « Ariane is back », s’est pour sa part réjoui Martin Sion, le patron d’ArianeGroup, lui aussi  un tantinet ému et soulagé.

 « Un vol inaugural est l’aboutissement d’un immense projet pour lequel des milliers de personnes ont travaillé sans relâche pendant des années ; la parfaite réussite de ce premier vol illustre le dévouement de ces personnes et démontre l’excellence des compétences techniques de l’Europe », a souligné Josef Aschbacher.

Premier succès, Ariane 6 a démontré sa capacité à s’extraire de l’attraction terrestre et prouver son bon comportement en vol. À 22h06 (heure de Paris), la première série de satellites embarqués sur Ariane 6 a quitté l’étage supérieur du lanceur pour rejoindre une orbite à 600 km de la Terre. Des satellites et des expériences développés par diverses agences spatiales, entreprises, instituts de recherche, universités et jeunes professionnels figurent parmi les passagers de ce premier vol. En revanche, la rentrée atmosphérique de l’étage supérieur en fin de mission a été un échec, Ariane 6 ayant dévié de sa trajectoire. Toutefois, ce premier vol a, non seulement permis de démontrer l’aptitude au vol d’Ariane 6, mais aussi de tester le pas de tir et la séquence des opérations au sol au CSG. La nouvelle zone de lancement spécialement conçue pour Ariane 6 et réalisée par le CNES permettra une rotation plus rapide entre deux lancements (trois jours au lieu de 11).

Autonomie stratégique

Ariane 6, nouveau lanceur lourd européen, doit garantir à l’Europe un accès autonome et fiable à l’espace et l’affranchir de tout dépendance vis-à-vis des capacités et priorités d’autres puissances. Ariane 62, c’est un lanceur de 56 mètres de hauteur, 5,4 mètres de diamètre, qui est capable de mettre en orbite 10,3 tonnes de charge utiles. Elle a été conçue pour être polyvalente, se décline en deux versions (A62 et A64) et possède un étage supérieur réallumable pour le lancement de plusieurs satellites en un seul vol. Elle est aussi adaptée aux missions exigeant le transport de charges lourdes vers la Lune et au-delà. Les adaptateurs de charges utiles permettent de lancer de petits satellites en tant que charges auxiliaires pour offrir des occasions de lancement à des prix abordables pour les startup désireuses de s’établir dans le secteur spatial, aujourd’hui en plein essor.

L’étage principal est propulsé par le moteur à oxygène et hydrogène liquides Vulcain 2.1, version améliorée du moteur Vulcain d’Ariane 5. L’étage supérieur est propulsé par un moteur Vinci réallumable, fonctionnant également à l’oxygène et à l’hydrogène liquides. Ce moteur permet à Ariane 6 de placer plusieurs satellites en orbite au cours d’une seule mission. Une fois toutes les charges utiles larguées, il s’allume une dernière fois pour désorbiter l’étage supérieur en toute sécurité, évitant ainsi qu’il devienne un débris spatial et endommage d’autres objets en orbite. Treize États participent au programme Ariane 6 : France (55,6%), Allemagne (20,8%), Italie (7,7%), Espagne (4,7%), Belgique (3,8%), Suisse (2,4%), Pays-Bas (1,6%), Suède (1,5%), République tchèque (0,7%), Norvège (0,4%), Autriche (0,4%), Roumanie (0,3%) et Irlande (0,1%).

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