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« Choose Europe » : quatorze villes européennes (dont Paris et Lyon) s’unissent à Helsinki pour repenser le modèle de l’attractivité économique

Ce jeudi, l’attractivité lyonnaise se déclinera au format européen. Car alors que la métropole écologiste avait, depuis son élection, posé les jalons d’une nouvelle forme d’attractivité souhaitée à l’égard du monde économique, reposant plus sur le qualitatif que le quantitatif, ce positionnement se traduit désormais sous une autre forme.

Après avoir participé, depuis plusieurs années et sous la mandature précédente, à un club d’agences d’attractivités européennes qui réfléchissaient déjà sur les enjeux de coopération et de durabilité, Lyon fait partie des membres fondateurs de la nouvelle campagne “Choose Europe”, qui se dévoile ce jeudi à Helsinki.

Objectif affiché : « dans un monde marqué par des polarités et des antagonismes », il s’agit bel et bien de « repositionner l’Europe comme un emplacement idéal pour les entreprises internationales, soucieuses de conjuguer performance économique et croissance durable ».

Travaillée en réalité depuis 18 mois en sous-marin, c’est la crise sanitaire qui a été le facteur déclenchant de cette initiative européenne, où seules deux villes françaises (Lyon et Paris) participent à ce jour, aux côtés de plusieurs métropoles européennes (Amsterdam, Catalogne, Berlin, Copenhague, Francfort, Helsinki, Munich, Riga, Stockholm, Vienne, Varsovie et Zurich).

« Lyon a fait partie des précurseurs avec Amsterdam pour la fondation de ce réseau agences métropolitaines, et il est certain que la crise sanitaire a montré que quand l’Europe était sous tension, elle était aussi capable de s’unir pour de valeurs communes », explique Bertrand Foucher, le nouveau directeur de l’Aderly/ Invest in Lyon arrivé début septembre.

« Nous sommes distincts en termes de secteurs et de particularités géographiques, mais finalement très semblables. Opérant à l’échelle métropolitaine ou régionale, nous avons pour mission d’attirer les investissements responsables à valeur ajoutée dans nos villes afin de favoriser l’innovation et la création d’emplois. Mais nous visons à y parvenir en respectant nos valeurs européennes, c’est-à-dire sans compromis sur la durabilité sociale et environnementale », ajoutait également Peter de Kruijk, directeur d’Amsterdam International Business et membre fondateur du réseau.

C’est donc afin de ne pas repartir « comme avant » que les 14 agences d’attractivité européennes ont souhaité lancer une nouvelle démarche, qualifiée en premier lieu « d’inspirationnelle », afin de prôner « des valeurs centrées autour du développement économique fondé sur l’humain, la transition sociale et le respect de l’environnement auprès des entreprises et des talents susceptibles de s’implanter sur leurs territoires ».

Un nouveau modèle de coopération plus que de compétition

Car l’un des paris affiché, et qui n’allait pas nécessairement de soi, c’est celui de ne plus participer à la traditionnelle compétition entre les différents territoires, nourrie par les classements d’attractivité, mais bien de bâtir une nouvelle forme de coopération entre des métropoles, souvent concurrentes jusqu’ici sur le plan des investissements étrangers.

« Toutes les métropoles partagent aujourd’hui le même constat en ce qui concerne la rareté du foncier ou des ressources, quelle que soit leur couleur politique. Nous proposons donc, face à cet enjeu, une coopération plus efficace fondée sur le partage des projets ainsi que des réflexions communes et stratégiques sur la manière de mieux en mesurer les impacts », illustre Bertrand Foucher.

Celu-ci rappelle que les baromètres d’attractivité publiés régulièrement par les agences de conseil et qui ont fait jusqu’ici la pluie et le beau temps sur la scène hexagonale, « se posent aujourd’hui les mêmes questions en matière de mesures. Car on se rend bien compte que réduire l’attractivité du territoire Lyonnais au seul nombre de projets implantée dans l’année est très réducteur ».

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Pour autant, le nouveau patron d’Invest in Lyon se garde bien de parler de « décroissance » : « l’un de nos enjeux est effectivement de pouvoir garantir un développement de l’emploi sur notre territoire, qui soit associé à une contribution financière et à des versements des entreprises, sous forme de taxes ou impôts, demeurant utiles et importantes. Nous disons simplement qu’il ne peut pas s’agir du seul baromètre de notre action », nuance-t-il.

Car selon lui, il peut se dessiner « un projet très intéressant en nombre d’emplois et en taxes générées mais qui, par ailleurs, détruit beaucoup de valeur à un autre endroit de la chaîne. Notre idée est donc de regarder l’ensemble des impacts, sans supprimer pour autant la dimension économique ».

C’est donc également sur le développement de nouveaux types d’outils de mesure d’impact que les 14 agences se sont engagées à travailler de manière commune, afin de bâtir de nouveaux référentiels et de développer, somme toute, une vision de l’attractivité post-crise sanitaire qui se veut plus large.

« Indépendamment de cette campagne, nous avons déjà commencé à identifier des outils alignés à nos objectifs de développement durable », abonde Bertrand Foucher.

Première cible : l’Amérique du Nord, puis l’Asie

Concrètement, la campagne Choose Europe, qui est financée à hauteur de 20.000 euros par chacune des 14 agences publiques, sera pilotée par un comité européen sur lequel siégeront six représentants locaux (dont un représentant de Lyon). Chaque agence métropolitaine demeurera cependant maître de sa politique d’attractivité et d’accompagnement, « l’idée étant surtout d’avoir une plateforme d’échanges pour parler des projets et des valeurs à défendre ».

Le club de 14 métropoles se donne d’ailleurs jusqu’à la fin de l’année pour adresser, d’une manière commune, un premier marché cible : celui des entreprises et des talents basés pour l’heure en Amérique du Nord, et qui pourraient souhaiter une implantation en Europe. Un point d’étape sera ensuite réalisé en fin d’année, avant de pouvoir enclencher une deuxième phase, qui comprendrait ensuite des visées vers l’Asie.

« Nous allons en premier lieu miser sur une campagne digitale, ainsi que sur la promotion de “Choose Europe” sur nos stands, lors d’événements ciblés comme le Web Summit de Lisbonne, le Global Talent Expo de Toronto ou encore le MIPIM à Cannes », précise Invest in Lyon.

Avec l’ambition également de faire valoir quelques « forces européennes » auprès des prospects potentiels, comme la question du respect de la privacy et des données personnelles, dans la sphère numérique notamment, ou encore du respect des droits humains au sein de l’industrie.

« Il existe aujourd’hui des vraies questions de réindustrialisation qui se posent à l’échelle européenne, que ce soit dans le numérique que l’on souhaite plus souverain, ou encore dans l’industrie, où les entreprises sont engagées vers des procédés plus vertueux et la neutralité carbone. On voit également que la digitalisation de la fabrication va devenir la clé de la réindustrialisation, de même que le recyclage des matières, à l’heure où l’électrification vers laquelle nous tendons va consommer beaucoup de matières rares qui ne sont pas disponibles sur notre continent et qu’il nous faudra recycler et réemployer ».

Ce sont donc bien sur l’ensemble de ces secteurs que les agences européennes comptent jouer collectif et se poser comme un hub d’attractivité, sans se fixer pour autant d’objectifs chiffrés à ce stade concernant le nombre d’entreprises accueillies.

« Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que nous sommes invités cette semaine en Finlande, alors que le pays fait face, très concrètement, à la crise ukrainienne. C’est aussi un symbole que cette campagne soit lancée ici, en montrant tout ce que le Vieux continent a encore à offrir, et en disant que le Nouveau Monde est peut-être là, avec un modèle de développement et de stabilité centré sur l’humain à offrir », estime Bertrand Foucher.

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