vendredi, juillet 19

EPR de Flamanville : dernières répétitions générales avant l’activation du cœur du réacteur

Boum, boum, boum. D’ici quelques jours, ou semaines tout au plus, le cœur du réacteur de l’EPR de Flamanville commencera à battre, après 17 longues années de chantier et des dérapages à répétition. Cette étape cruciale dans la phase de démarrage du réacteur normand, baptisée la divergence dans le jargon atomique, correspond à l’initiation du processus de réaction nucléaire en chaîne. Laquelle permettra de produire de l’énergie sous forme de chaleur et de vapeur, dans un premier temps.

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Le simulateur, une copie conforme du cockpit du réacteur

A quelques minutes de cette opération très minutieuse, les équipes de conduite d’EDF en salle de commandes entendront réellement un son répétitif de coups nets, tel un battement de cœur. Ce martèlement correspond à « l’image sonore de l’évolution du flux neutronique », très utile pour guider les opérateurs, explique François Tronet, formateur chez EDF, depuis le simulateur, une copie conforme de la salle de commande, véritable cockpit du réacteur. « Chaque toc que l’on entend correspond à 1.000 neutrons qui viennent toucher le détecteur », poursuit-il en tendant l’oreille au milieu des écrans d’ordinateur.

La maîtrise du flux neutronique joue un rôle essentiel dans cette étape. Et pour cause, il s’agira de projeter des neutrons sur des atomes d’uranium très lourds, lesquels éclateront et libéreront une grande quantité d’énergie, mais aussi d’autres neutrons qui casseront à leur tour d’autres noyaux, et ainsi de suite. De sorte que la réaction s’auto-entretiendra.

Les répétitions générales se multiplient

Tout l’enjeu pour les équipes d’EDF consistera alors à libérer très progressivement les neutrons dans la cuve en extrayant doucement les grappes de commande du cœur du réacteur. Le tout, en diminuant, en parallèle, la concentration de bores, des atomes présents dans l’eau du circuit primaire, qui permettent d’absorber les neutrons.

En attendant le jour J, les répétitions générales se multiplient pour jouer et rejouer la divergence. « Chaque équipe de conduite l’a déjà fait deux ou trois fois », assure Grégory Heinfling, directeur d’exploitation de l’EPR. Comme pour les pilotes de ligne, le simulateur joue un rôle clé dans ces répétitions. D’autant que la salle de commande de l’EPR diffère de celle des 56 autres réacteurs du parc atomique tricolore. Celle-ci est, en effet, entièrement numérisée et permet ainsi d’automatiser des procédures. « Il est possible d’activer des commandes groupées en un clic », fait valoir Grégory Heinfling.

Salle simulateur EPR Flamanville

Les écrans de contrôle du simulateur, reproduction exacte de la salle de commande de l’EPR de Flamanville.

Une batterie de tests à finaliser

Cette ultime phase préparatoire ne comprend pas uniquement des répétitions en simulateur. Depuis que le combustible nucléaire a été chargé dans le réacteur, en mai dernier, les équipes d’EDF s’attèlent à mener une batterie de tests. Lesquels consistent, entre autres, à vérifier le bon fonctionnement des fameuses 89 grappes de commandes qui, une fois plongées dans le cœur du réacteur, permettent de stopper la réaction en chaîne en absorbant les neutrons. Ce qui est « absolument fondamental en termes de sûreté », pointe Alain Morvan, aux manettes de ce chantier hors normes depuis janvier 2020, sur décision de l’ex-PDG du groupe Jean-Bernard Levy.

« Nous avons fini les essais à froid [à 110 degrés, ndlr]. Il faut désormais les refaire à chaud [303 degrés, ndlr], grappe par grappe », poursuit ce Brestois rompu à la conduite de grands projets industriels, après avoir sorti de l’impasse DCNS Cherbourg lors de la construction du premier sous-marin nucléaire Barracuda.

Les premiers mégawatts attendus qu’à la fin de l’été

Sans attendre la finalisation de ces tests, EDF a d’ores et déjà envoyé un pré-dossier au gendarme du nucléaire. Dossier qu’il complètera au fur et à mesure de la poursuite des essais, qui devraient prendre « quelques jours ». Après son instruction, l’ASN pourra enfin délivrer, ou non, une autorisation de divergence. « Une condition nécessaire, mais pas suffisante » pour activer le cœur du réacteur, explique Alain Morvan. Cette décision reviendra, en effet, à Grégory Heinfling, lorsque ce dernier estimera que toutes les conditions de sûreté sont réunies.

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Le déclenchement de la divergence ne sera toutefois pas synonyme de production électrique, qui ne démarrera que lorsque la puissance du réacteur aura atteint 25% de sa capacité nominale. Une étape attendue d’ici à la fin de l’été. A ce moment précis, 400 mégawatts (MW) seront directement injectés sur le réseau. L’aventure ne sera pas finie pour autant pour Alain Morvan, tandis que des tests, conçus par ses équipes d’ingénieurs, se poursuivront jusqu’à la montée à pleine puissance du réacteur prévue à la fin de l’année. Alors, à ce moment-là, peut-être, la banderole « Dernière ligne droite pour démarrer Flamanville », brandie sur un bâtiment de la centrale depuis au moins quatre ans, pourra être décrochée.

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