mercredi, septembre 28

Hydrogène : Thierry Breton confirme le soutien de l’UE à la gigafactory d’électrolyseurs d’Air Liquide en Normandie

Il a tenu à apporter la bonne nouvelle sur place et en personne. Deux jours après l’adoption par la Commission européenne d’un second PIIEC (Projet Important d’Intérêt Européen Communautaire) en faveur du développement de l’hydrogène, Thierry Breton s’est rendu ce vendredi en Seine-Maritime pour confirmer, aux côtés de Mathieu Giard vice-président d’Air Liquide, le soutien de Bruxelles à la gigafactory d’électrolyseurs que veut construire le groupe gazier sur le complexe industriel de Port-Jérôme.

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Si l’annonce ne constitue pas à proprement parler une surprise tant le dossier semblait bien engagé, elle témoigne une fois de plus de la volonté de l’UE de pousser les feux sur la plus petite molécule du tableau de Mendeleïev pour parer aux effets des crises énergétique et climatique.

« Il faut que nous nous préparions à être un continent de plus en plus électrique, et l’hydrogène sera un élément clé de cette transition », a insisté le commissaire européen au marché intérieur face à un parterre d’élus et d’entrepreneurs normands.

S’il n’a pas été possible de connaître le montant -encore confidentiel- d’aides publiques qui sera alloué à Air Liquide, on sait néanmoins que le projet bénéficiera d’un appui « très significatif à la hauteur de son ambition », comme l’a glissé à La Tribune un cadre du groupe.

D’une puissance de 200 MW, extensible à 250 MW, l’usine dont la mise en service est espérée en 2025 sera, en effet, la plus grande du monde dans sa catégorie. Démonstration, là encore, de la volonté de Bruxelles de passer la surmultipliée. Le mot n’est pas trop fort si l’on se souvient que l’Europe s’est fixée pour ambition de produire plus de 10 millions de tonnes d’hydrogène sur son sol à horizon 2030 et d’en importer au moins autant de pays tiers.

Quand l’UE met les gaz

« De tous les continents, nous sommes le plus en avance, mais il nous faut maintenir cette avance notamment pour décarboner la mobilité », a martelé Thierry Breton. Le plan H2Use adopté mercredi poursuit précisément ce but. D’un montant de 5,2 milliards de fonds publics, il autorise les états membres à financer les projets au-delà des limites habituellement imposées par le législateur au nom du risque que prennent les entreprises.

Dans le détail, ce PIIEC va bénéficier à 35 projets dans 13 pays. Le tout devant permettre de mobiliser environ 7 milliards de fonds privés. Soit plus de 12 milliards tous financements confondus. « C’est énorme », s’est félicité le commissaire en charge du marché intérieur. En France, sont concernés la gigafactory d’Air Liquide et le projet dénommé Masshylia porté dans le Sud par le duo Engie-TotalEnergies. Ce dernier vise à construire une unité de production d’hydrogène “vert” pour remplacer l’H2 “gris” consommé par la bioraffinerie de La Mède.

Cela étant, Thierry Breton a beau faire montre d’enthousiasme, de nombreuses incertitudes pèsent encore sur ces projets, à commencer par le prix de l’électricité dont les électrolyseurs ont besoin pour fonctionner.

Si le tarif de l’électron ne baisse pas, les énergéticiens pourraient être tentés de différer voire de tirer un trait sur leurs investissements. En outre, Berlin et Paris s’opposent sur l’origine durable de l’électricité qui ira alimenter les gigafactories.

Les allemands refusent qu’un label « vert » soient apposé sur l’H2 produite à partir de nucléaire quand les français le défendent. Last but not least, rien n’assure que les usages de l’hydrogène, dans la mobilité lourde par exemple, se développeront à la même vitesse que les moyens de production. L’ancien patron d’Atos l’admet d’ailleurs du bout des lèvres. « Notre objectif est d’aller vite, mais nous sommes bien conscients que ce sont encore des paris ». CQFD.

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