jeudi, février 2

Internet fixe : l’Arcep fustige « le ralentissement » du déploiement de la fibre d’Orange

Entre Orange et l’Arcep, rien ne va plus. L’audition de Laure de La Raudière, la présidente du régulateur des télécoms, ce mercredi matin par la Commission des affaires économiques du Sénat, l’a confirmé. La cheffe de file de l’Arcep a vivement critiqué l’opérateur historique concernant le déploiement de la fibre. Elle l’accuse d’avoir largement levé le pied. « Le ralentissement des déploiements d’Orange en zone AMII [les villes moyennes et périphéries des grandes agglomérations, Ndlr] est problématique car il prive certains de nos concitoyens du bénéfice de la fibre », a canardé Laure de La Raudière devant les sénateurs.

Pour la présidente du gendarme des télécoms, cette situation est inacceptable, car elle « fragilise la trajectoire de fermeture du réseau cuivre », utilisé pour le téléphone et l’ADSL. « J’insiste, a poursuivi Laure de La Raudière, il n’est pas raisonnable d’avoir comme stratégie de fermer le réseau cuivre et, en même temps, d’arrêter les déploiements de la fibre en zone AMII ou en zones très denses. » Ce dossier empoisonne depuis longtemps les relations entre Orange et l’Arcep. Les désaccords portent en particulier sur la teneur des engagements de l’opérateur historique dans les villes moyennes. Quoi qu’il en soit, l’Arcep a mis en demeure Orange de respecter ses obligations de couverture en fibre. Ce qui a provoqué l’ire du numéro un français des télécoms, qui a attaqué cette décision au Conseil d’Etat. « Je suis étonnée, moi-même, de l’étonnement d’Orange sur le fait que nous l’avons mis en demeure de respecter les engagements qu’ils ont pris », a renchéri Laure de La Raudière.

« C’est un mensonge »

Orange, pour sa part, se défend d’avoir « arrêté » les déploiements de fibre dans les villes moyennes. « C’est un mensonge », nous dit-on, sans pour autant nier des « ralentissements ». Ceux-ci découlent, se défend l’opérateur, du fait que certaines « questions », comme « celle des raccordements longs et complexes », ou concernant la possibilité « de proposer, dans certains cas, des technologies alternatives à la fibre », ne sont « toujours pas réglées ».

Laure de La Raudière est également revenue sur un autre dossier explosif : celui de l’entretien du réseau cuivre d’Orange. L’opérateur est souvent accusé de délaisser cette infrastructure, encore utilisée par des millions de Français en attendant que la fibre arrive. D’après Laure de La Raudière, Orange n’a pas d’excuse pour ne pas entretenir correctement son réseau. « Il y a encore 15 millions de lignes cuivre actives en France, ce qui représente 2 milliards d’euros de revenus annuels pour Orange », a-t-elle affirmé. D’après la dirigeante de l’Arcep, il n’y a « aucun élément, aujourd’hui, qui justifierait qu’Orange ne soit pas en mesure de respecter ses obligations de qualité de service sur le réseau cuivre, compte tenu des revenus qu’il en tire actuellement ».

Tensions sur le prix du dégroupage

Orange n’est pas du tout de cet avis. L’opérateur souligne qu’il perd de plus en plus d’argent sur le réseau cuivre. Ses pertes se sont élevées, affirme-t-il, à 130 millions en 2022, contre 80 millions d’euros en 2021. Celles-ci sont liées à la baisse des abonnés qui migrent vers la fibre, mais aussi à l’entretien, de plus en plus coûteux, de ce réseau vieillissant. C’est la raison pour laquelle Orange milite depuis des années auprès de l’Arcep pour une augmentation du prix du dégroupage. Il s’agit du prix payé par ses concurrents (SFR, Bouygues Telecom et Free) pour accéder à son réseau cuivre. Orange accuse l’Arcep de ne pas avoir respecté un deal visant à réviser ce prix du dégroupage, et a déposé, le 20 décembre dernier, un recours au conseil d’Etat.

Pierre Manière

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