vendredi, juillet 19

Nouvelle marque, transition climatique, industrie : la recette de l’Aderly pour booster l’attractivité lyonnaise

Pour ses cinquante ans, l’Agence de développement économique de la région lyonnaise change de vitrine. Mais pas de missions. L’Aderly, crée en 1974, devient en effet « OnlyLyon & Co », et regroupe désormais sous une même bannière les activités Invest, celles de la marque OnlyLyon et de l’office de tourisme.

Un nom unique depuis le 13 juin dernier, qui devrait bénéficier à la clarté des différentes missions internationales de l’association d’une soixantaine d’adhérents. Dont celles de l’attractivité économique de l’agglomération vers les investisseurs étrangers, représentant toujours 40 % des projets de nouvelles implantations d’entreprises accompagnés par l’entité, dits en « greenfield » (cf lire notre encadré à la fin de l’article). Un ratio « très stable, qui n’a pas varié depuis dix ans », indique à ce titre Bertrand Foucher, directeur général de l’Aderly depuis septembre 2022.

Moins d’implantations, mais davantage de projets industriels

Si le ratio d’investisseurs français et étrangers reste stable à Lyon selon l’association, en revanche, « ce qui a changé, c’est le nombre de projets accompagnés », nuance Bertrand Foucher. D’un « pic » d’une centaine de projets soutenus par OnlyLyon Invest en 2018-19, l’entité est revenue à des niveaux plus faibles en 2023, avec 64 projets d’implantations d’entreprises (françaises et étrangères) réalisés dans la région lyonnaise.

Cela, en raison d’un changement de paradigme : « C’est la conséquence d’une stratégie auparavant portée sur les volumes, qui correspondait aux enjeux de l’époque », indique à ce titre Bertrand Foucher.

Only Lyon Invest

Evolution du nombre d’entreprises et de sites de production implantés en région lyonnaise entre 2004 et 2026. Source : OnlyLyon Invest.

L’agence de développement économique met en effet en avant l’idée de « moins, mais mieux » depuis quelques années. Impulsée par un changement de contexte à l’échelle globale, couplée à une nouvelle direction métropolitaine depuis l’arrivée des élus Écologistes à la Métropole de Lyon (co-présidente avec la CCI Lyon Saint-Etienne Roanne), cette trajectoire nécessite d’actionner différents leviers afin de répondre à des enjeux globaux : développer l’économie et la réindustrialisation, tout en préservant les espaces et en limitant l’empreinte carbone.

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Des orientations qui se traduisent aujourd’hui par la réduction du nombre d’entreprises extérieures accompagnées d’un côté. Mais aussi par l’évolution des types de projets, plus industriels, de l’autre. Ce qui les rend par ailleurs plus complexes à mettre en œuvre : « En moyenne, notre intensité d’accompagnement a augmenté de 50 % entre ce qu’on faisait en 2018 et aujourd’hui », expose ainsi Bertrand Foucher.

Par exemple, « via l’augmentation du temps nécessaire pour identifier et trouver des sites de production, mais aussi pour résoudre des questions de financement plus complexes avec l’outil de production », détaille le directeur général.

« Il y a également un enjeu de réglementation en fonction de la nature de la production, complète Bertrand Foucher, allant de l’Installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), jusqu’au site SEVESO ».

Par ailleurs, en aval, le nombre d’emplois par projet est supérieur : « d’une vingtaine d’emplois générés en moyenne par chaque projet en 2018, nous sommes aujourd’hui à plus de 25 emplois ».

Associer attractivité et exigences environnementales

Enjeux de financement, d’achat ou de location du foncier : comment l’Agence lyonnaise tente-t-elle de se démarquer ?

Pour Bertrand Foucher, la réponse tient d’abord à la pluralité historique du tissu économique lyonnais, mêlé à l’innovation : « il y a d’abord la richesse des écosystèmes industriels, ce qui a toujours été vrai. Lyon a toujours été une région industrielle très diversifiée en termes d’activités, mais également en termes de taille d’entreprises ».

En effet, l’industrie représentait près de 80.000 emplois en 2021 dans la Métropole de Lyon, soit 13 % des emplois salariés privés du territoire, répartis dans 7.610 établissement.

« C’était vrai déjà dans le passé, mais aujourd’hui c’est un argument d’autant plus fort pour les industries de la transition, car on voit que les cloisonnements industriels sont encore plus éclatés qu’auparavant », complète le directeur général.

De nombreuses filières industrielles dans les secteurs de la chimie, de la pharmaceutique ou des énergies, situées à différents degrés de maturité, trouvent ainsi un terreau fertile dans le Rhône et dans les départements limitrophes. C’est par exemple le cas des greentech dans l’hydrogène par exemple, ou encore dans la branche des matériaux. Bertrand Foucher reprend à ce titre l’exemple de l’entreprise Materi’Act (Forvia), qui a installé son pôle R&D à Villeurbanne en novembre 2023 :

« Pour faire des matériaux biosourcés et durables, l’entreprise est à la fois aux confins de la chimie, du digital avec beaucoup de process, de la data, mais aussi aux confins de l’industrie automobile, ou encore de la filière agroalimentaire, en amont, avec les matériaux biosourcés », complète le directeur général.

La Vallée de la chimie, un « actif territorial »

Ces secteurs ont en tout cas besoin d’innovation pour se développer et se démarquer à l’international. Pour cela, comment attirer les investisseurs ?

Prenons l’exemple de la Vallée de la chimie. Installée au sud de Lyon depuis le début du XXème siècle, elle est confrontée aux enjeux de décarbonation (elle représente 25 % des émissions de gaz à effet de serre du Grand Lyon), de réduction des pollutions et de transformation des productions, sur un marché mondial sous tension. Pour se transformer, le site doit ainsi miser sur la R&D, et donc débloquer des financements.

Sujet pour lequel Bertrand Foucher se montre relativement confiant, malgré les grandes difficultés au démarrage de la filière hydrogène, pas encore mâture. Selon lui, en effet, « le site concentre la production et l’innovation, ce qui est une particularité par rapport à d’autres sites, comme Fos-sur-Mer par exemple ».

« Pour nous c’est intéressant en matière d’opportunité foncière, d’accès à des écosystèmes mutualisés, mais aussi des compétences d’innovation. La Vallée de la Chimie est un vrai actif territorial », complète le directeur.

Qui s’appuie par ailleurs sur un autre « point fort » : le foncier disponible. Cela, « grâce à des décisions publiques et politiques très fortes », selon le directeur général d’OnlyLyon Invest.

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Par exemple, la Métropole libère du foncier dans le cadre du projet « Circulyz » dans la Vallée de la chimie : un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) vient d’être publié en direction des entrepreneurs dans le domaine des industries circulaires.

« C’est un sujet pris à bras le corps par les collectivités territoriales pour proposer de gros sites, en partant du principe que si nous attirons ensemble des industriels qui partagent des infrastructures ou des commodités, comme un système de réutilisation de chaleur fatale, ou un réseau d’épuration des boues, alors cela aura du sens », complète Bertrand Foucher.

Ainsi, le projet « Declyc » est pour l’heure encore à l’étude, co-financé par douze société du couloir de la chimie avec l’Ademe (Agence de la transition écologique). Les conclusions seront livrées fin 2025.

Trouver du foncier, rééquilibrer les territoires

De même, l’un des objectifs de l’Aderly est de renforcer certaines chaînes de production dans l’ensemble de la région lyonnaise, s’étalant de Saint-Etienne (Loire) à Bourg-en-Bresse (Ain). Orientation d’ailleurs largement portée par Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon, qui indiquait ainsi début 2022 le « besoin de rééquilibrer les territoires ».

Et si la question du foncier reste prégnante à toutes les échelles, notamment depuis l’entrée en vigueur du décret sur l’objectif de zéro artificialisation nette des sols (ZAN) en 2050, l’ex-Aderly (OnlyLyon & Co) indique travailler franchement sur la question.

« Le ZAN ne met pas à l’arrêt le développement. Il s’agit par exemple d’optimiser les process industriels pour qu’ils occupent moins d’espaces, de travailler sur les mobilités des salariés pour éviter des créer des parkings », ajoute Bertrand Foucher.

Autant de défis pas tout à fait relevés, qui demanderont encore des années de concertation sur tous les plans. Pour l’heure, « la Métropole de Lyon a recensé 29 sites qui pourraient être mobilisés pour l’industrie d’ici à 2026, selon des calendriers et des temporalités différentes », ajoute le directeur général.

Investissements étrangers en Auvergne-Rhône-Alpes : moins d’implantations d’entreprises, mais plus de réinvestissements dans l’existant selon EY

La relative « stabilité » du ratio entre investisseurs français (60 %) et étrangers (40 %) à Lyon selon l’Aderly est également à regarder sous un autre angle.

Dans son baromètre de l’attractivité 2024 en Auvergne-Rhône-Alpes (voir graphique ci-dessous), le cabinet de conseil EY relève pour sa part, non seulement une croissance du nombre d’investissements étrangers dans la région l’année dernière (avec 167 projets en 2023, contre 148 en 2019), mais également une progression de la part des réinvestissements et des extensions d’entreprises étrangères déjà présentes dans la région (120 projets sur 167 en 2023, contre 71 sur 148 en 2019).

À l’inverse, la part des nouvelles implantations (greenfield) tend à diminuer, avec 47 projets sur 167 autour de Lyon l’année dernière.

À l’échelle nationale, EY indique également : « Avec 530 créations ou extensions d’usines – en baisse de 3% en un an -, la France confirme qu’elle est aussi la première destination en Europe pour les investissements industriels ».

Voir infographie ci-dessous.

EY Baromètre 2024 AURA

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