jeudi, février 2

Pourquoi le chômage baisse fortement alors que l’activité ralentit ?

C’est à n’y rien comprendre…. C’est un peu la première remarque des experts et économistes, quand on leur demande d’expliquer cette baisse continue du chômage. Le nombre de demandeurs d’emplois inscrits à Pôle emploi en catégorie A (soit sans activité ), s’établit au quatrième trimestre à 3,05 millions, soit une baisse de 3,8 % en France métropolitaine. Les effectifs de la catégorie A n’ont jamais été aussi bas depuis 2011, signe que la décrue s’accélère.

Pourtant, en France, l’activité ralentit et la croissance est atone. Il y a une déconnexion inhabituelle. Autrement dit, l’économie crée beaucoup d’emplois alors qu’il y a peu d’activité. Et ce, dans un contexte d’incertitudes, avec des tensions internationales, une inflation élevée, une augmentation des taux etc…

Baisse du chômage des jeunes

Une des explications tient au chômage des jeunes. C’est cette catégorie qui bénéficie le plus de la baisse : 9,8 % de moins sur un an. Cette diminution tient en partie à l’apprentissage, très encouragé par le gouvernement, via des primes distribuées aux entreprises depuis 3 ans. L’an dernier, près de 700. 000 contrats d’alternance – comptabilisés comme des contrats de travail – ont été signés. Selon l’Insee, ces contrats pourraient expliquer près d’un tiers des embauches.

Les entreprises gardent la main-d’oeuvre… et la déclarent

Par ailleurs, dans certains métiers, les experts de l’emploi notent un phénomène de « rétention de main-d’œuvre ». Craignant de ne pas trouver de personnel étant donné les tensions sur le marché du travail, les employeurs préfèrent garder leurs équipes, alors même qu’ils ont moins de commandes ou que les missions sont terminées. C’est le cas par exemple dans l’aéronautique, ou l’industrie…Ils les gardent en poste. De la même qu’auparavant, lorsqu’il y avait des difficultés, les personnes étaient licenciées, elles sont maintenues dans l’emploi.

Autre élément : pour toucher des aides de l’Etat, comme le chômage partiel, les employés ont intérêt à être déclarés. Les employeurs ont eux aussi intérêt à comptabiliser dans la masse salariale toutes leurs équipes.

« C’est une hypothèse, avance un conseiller technique de la Darès, mais qui mérite d’être creusée dans certains secteurs comme la restauration, le tourisme etc…le travail au noir aurait tendance à baisser  ».

Enfin, une piste semble se dessiner aussi du côté les travailleurs détachés. A cause du covid, de la guerre en Ukraine, des milliers de personnes ne sont pas venues dans l’hexagone travailler. De fait, dans les secteurs de la construction, ou de l’agriculture, ces salariés manquants ont été remplacés par de la main-d’œuvre domestique. Ce qui contribue à faire baisser le taux de chômage.

Une baisse de la productivité

En revanche, une chose est sûre : « Ces créations d’emplois dans un contexte de croissance atone, montre que la productivité en France baisse alors que ces dernières années, c’était plutôt le contraire : elle augmentait, du fait de l’organisation du travail, de la formation, de la robotisation… Là, c’est nouveau, on crée plus d’emplois que de valeur ajoutée », note Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’OFCE. Ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle et selon les économistes il convient de surveiller ce phénomène.

En attendant, le gouvernement s’est réjoui. Dans un tweet, Olivier Dussopt , le ministre du Travail a réagi : « Le plein emploi, c’est aussi le bon emploi. Nous poursuivons notre mobilisation »

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