mercredi, septembre 28

Royaume-Uni : Liz Truss sort l’artillerie lourde pour préserver le pouvoir d’achat

Londres frappe fort pour le pouvoir d’achat. Liz Truss, la Première ministre, et Kwasi Kwarteng, le chancelier de l’Échiquier, ont annoncé, ce vendredi 23 septembre, les détails de leur « mini-budget », un plan de soutien au pouvoir d’achat des ménages qui devrait coûter au total 150 milliards de livres (172 milliards d’euros) sur deux ans au gouvernement.

Face à une inflation à quasi 10%, une économie en récession selon la Banque d’Angleterre, une confiance détériorée et une livre déprimée, le chancelier espère revigorer l’activité du pays par des mesures directement en faveur des ménages et des entreprises. « Pendant la pire crise énergétique depuis des générations, ce gouvernement est aux côtés des gens », a clamé le ministre des Finances devant le Parlement, ajoutant qu’il voulait « réformer le versant de l’offre dans l’économie » en « baissant les impôts pour doper la croissance ».

Gel des factures d’énergie pour deux ans et baisses d’impôts

La mesure phare du « mini-budget », tel qu’il est surnommé, sera le gel des factures d’énergie pour deux ans, à 2.500 livres pour un ménage moyen, une ristourne d’au moins 1.000 livres financée par le gouvernement conservateur. Les entreprises, elles, bénéficieront d’un important soutien de l’État avec la prise en charge de la moitié de leurs factures d’énergie pendant six mois.

Les prix du gaz et de l’électricité ont flambé depuis le début de la guerre en Ukraine, passant de 40 euros le mégawattheure avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie à plus de 1.000 euros en août sur les marchés. L’Ofgem, le régulateur britannique de l’énergie, avait d’ailleurs annoncé un relèvement de 80% du plafond tarifaire pour le gaz et l’électricité à partir d’octobre 2022.

En cause : des limitations sur l’approvisionnement en hydrocarbures venus de Russie, qui pénalisent un Royaume-Uni particulièrement dépendant du gaz et qui ne possède que 15% de renouvelables dans son mix énergétique.

Kwasi Kwarteng a expliqué que ce soutien massif aux factures énergétiques se chiffrerait à 60 milliards de livres pour les six premiers mois. Mais, à la satisfaction du camp conservateur, l’arsenal de mesures du chancelier de l’Échiquier comportera notamment aussi de conséquentes baisses d’impôts et autres taxes.

Ainsi, les contributions sociales tant des ménages que des entreprises seront abaissées, notamment aux dépens de certains prélèvements dédiés à l’écologie qui se verront suspendus. Sur sa lancée, le ministre des Finances a aussi réduit la taxe sur les transactions immobilières.

Droit de grève écorné et accès au chômage restreint

Autre mantra conservateur martelé par le nouveau chancelier de l’Échiquier, « remettre la Grande-Bretagne au travail ». Alors que le marché de l’emploi britannique souffre d’un grave manque de travailleurs, l’accès au revenu minimum va être assorti d’obligations pour certaines personnes qui travaillent moins de 15 heures par semaine. Cela pourrait inclure le fait de « postuler à un emploi, participer à des entretiens d’embauche », a précisé le Trésor, qui veut aussi inciter les plus de 50 ans à revenir sur le marché du travail, dont ils sont sortis en grandes proportions depuis la pandémie, notamment pour cause de longue maladie.

Kwasi Kwarteng a aussi prévenu que le droit de grève allait être plus encadré et limité aux cas où les négociations salariales ont échoué, après que le gouvernement précédent a déjà autorisé le recours aux intérimaires pour atténuer l’impact des mouvements sociaux. Un message fort qui répond aux contestations sociales qui se font entendre dans tout le pays depuis cet été

Les banquiers chouchoutés

Le ministre des Finances a enfin annoncé qu’il chouchouterait les banquiers de la City.

« Nous avons besoin que les banques internationales créent des emplois ici (…) et payent des impôts ici à Londres, pas à Paris, Francfort ou New York », a-t-il justifié.

Autre mesure phare, Kwasi Kwarteng a confirmé faire sauter le plafonnement des bonus des banquiers, bridés à la suite de la crise financière de 2008 à un maximum de 200% du salaire annuel.

Dans le même ordre d’idées, le gouvernement veut baisser les impôts sur la tranche maximale de l’impôt sur le revenu, qui passe de 45% à 40%.

Enfin, il est question de la création de “38 zones d’investissement dérégulées”, qui rappellent ces projets de ports francs du gouvernement précédent.

La première ministre Liz Truss a reconnu elle-même que la politique de son gouvernement favorisera surtout les plus aisés.

Dans le camp travailliste, les réactions ont fusé, comme celle de Rachel Reeves, la responsable travailliste pour les finances, qui a accusé le camp Tory de favoriser ceux qui ont profité de la flambée des prix de l’énergie au détriment de ceux qui la subissent, les travailleurs :

« Au lieu de défendre les gens qui travaillent, les Conservateurs protègent les profits des géants de l’énergie », qui ont bénéficié de la flambée des prix des hydrocarbures depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, a-t-elle fustigé.

Les économistes inquiets pour la dette publique

Elle note que le plafond des prix de l’énergie mis en place par Liz Truss et Kwasi Kwarteng va coûter des dizaines de milliards de livres au gouvernement et qui pourraient être payés plus tard par le contribuable. L’association de lutte contre la pauvreté Oxfam parle de son côté d’une politique « gagnant gagnant pour les plus riches ».

Les économistes, eux, s’inquiètent que le mélange de baisses d’impôts et d’aides massives, financé par la dette publique, s’annonce toxique pour les finances de l’État britannique. L’Institut des études budgétaires (IFS) a averti que le plan Truss risquait de mettre la dette sur une « trajectoire insoutenable ».

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