lundi, novembre 28

Semi-conducteurs : qui sont ces profils qui veulent rejoindre (et contribuer) à l’essor de STMicroelectronics (2/4)

Ils sont près de 800 à affluer ce mercredi, dans les salons du Stade des Alpes, plutôt habitué à accueillir des matchs, mais aussi des événements professionnels. C’est un véritable salon de l’emploi qui s’est tenu à Grenoble, sous l’égide d’un acteur pas tout à fait attendu : STMicroelectronics. Le fabricant de semi-conducteurs a annoncé son objectif de création d’une nouvelle unité de production, qui se pose comme une extension de son site existant de Crolles. Avec à la clé 1.000 postes à pouvoir d’ici les quatre prochaines années, dont près de 300 ce jour là.

Si ce n’est pas la première fois que le groupe franco-italien utilise cette voie de recrutement, il a choisi de l’insérer désormais officiellement à sa stratégie pour s’ouvrir à de nouveaux profils, avec le double de postes offerts cette année :

« On ne s’attendait pas forcément à autant de personnes inscrites, puisqu’on va presque atteindre trois candidats pour un poste. Nous avons, de toute façon, des perspectives tellement fortes en terme de croissance que si l’on trouve aujourd’hui quelqu’un qui convient à un besoin, on n’attendra pas de savoir si on a un poste ouvert pour le recruter  », affiche Frédéric Bontaz, DRH de STMicroelectronics.

Alors qu’à l’étage, les candidats sont accueillis par le directeur des opérations digitales des trois sites (Crolles, Grenoble et Rousset), Richard Kolic. « Nous avons rencontré des profils vraiment variés, de tout âge, genre, formation. Nous avons par exemple vu un candidat issu de la grande distribution, un réfugié ukrainien qui a un profil intéressant mais qui ne parle pour l’instant ni français ni anglais et que nous allons voir si nous pouvons l’aider, ainsi que des électriciens ».

Après un premier enregistrement sur internet, les candidats sont invités à se présenter directement à l’accueil du site, où ils sont ensuite redirigés vers un premier salon ou trônent une dizaine de stands qui se chargent de présenter les différentes composantes des métiers de la microélectronique. Ils passent ensuite par un espace dédié au recrutement, après un premier échange en tête à tête avec un recruteur, suivi par un second échange avec un manager de l’unité concernée.

Job dating StMicroelectronics 4

A l’accueil, deux salariés de STMicroelectronics constatent : « nous avons reçu des candidats provenant de beaucoup de domaines différents : chimie, informatique, R&D, maintenance… Nous avons même un profil issu du commerce qui souhaite envisager une reconversion dans le métier d’opérateur de production ».

« On voit probablement plus de profils différents qu’auparavant. Les candidats s’interdisent aujourd’hui moins de choses, et cela nous va bien. On pourrait dire à ce titre que la Grande démission nous est favorable, constate à son tour Frédéric Bontaz. Notre industrie high tech, qui pouvait paraître très complexe, où chacun peut être se disait que c’était difficile d’accéder à ces compétences, fait place aujourd’hui à une forme d’ouverture d’esprit plus généralisée ».

Le développement durable sur toutes les lèvres (ou presque)

Parmi les candidats, qui se pressent jusqu’à un stand où il est possible de visualiser les conditions de travail en salle blanche avec des lunettes de réalité virtuelle, on croise en effet tous les profils, mais finalement, des attentes assez similaires : à commencer par trois doctorants, Patos, Nadine et Moustapha, tout droit arrivés des laboratoires du CEA Grenoble, et qui recherchent un premier emploi dans la microélectronique, si possible appliqué, dans un milieu industriel.

« Nous ne recherchons pas un emploi en particulier, mais nous aimerions contribuer aux enjeux du développement durable car on peut développer un monde technologique aujourd’hui tout en préservant l’environnement », assure Patros, 26 ans. Sa voisine, Nadine, a même travaillé durant sa thèse sur le développement d’une application dédiée à la détection des gaz à effets de serre reposant sur une technologie issue des semiconducteurs. Tous les trois affirment d’ailleurs que la politique en matière de développement durable sera un point clé dans leur recherche d’emploi.

Plus que le niveau de salaire, on sent dans les salons du Stade des Alpes que la nouvelle mise en lumière des débouchés du secteur, ainsi que l’image de stabilité du grand groupe attirent, sur fond d’un climat de Grande démission et d’inflation galopante.

Les attentes de la Grande démission

C’est le cas de Bertrand, 45 ans, un diplômé Bac+5 d’une école de commerce qui a déjà réalisé une première moitié de carrière dans le négoce du matériel dédié aux salles de bains. Habitant près de Crolles, ce qu’il recherche avant tout, c’est une nouvelle forme de stabilité de carrière, après plusieurs années d’un métier itinérant et jugé stressant, où il devait se déplacer sur plusieurs départements et répondre constamment au téléphone pour gagner 1.800 à 2.000 euros net par mois.

« Aujourd’hui, j’ai envie d’autre chose et de retrouver une forme de qualité de vie », affirme Bertrand, qui se dit ouvert aux horaires postés le soir ou le week-end. Il s’intéresse notamment aux métiers de la production, qui lui permettraient également de retrouver un travail en équipe.

« Nous avons aujourd’hui à Grenoble des acteurs de niveau européens, et j’ai également envie de faire partie de cette aventure », souligne-t-il. Pour lui comme pour Benjamin, 24 ans, la taille du groupe ainsi que le contenu du poste feront la différence, plus que les chiffres inscrits sur sa future fiche de paie.

Pour ce jeune diplômé de master 2 en génie des procédés énergétiques à Grenoble, déjà en poste au sein d’un bureau d’études, l’idée n’est pas de trouver un premier emploi, ni même de faire nécessairement grimper son salaire, mais de contribuer davantage à la question de la gestion de l’énergie. « Actuellement, mes missions se résument à la réglementation thermique des bâtiments. Car aujourd’hui, les bureaux d’études ne vendent rien et ne créent pas à proprement parler des innovations, mais sont plutôt sollicités par des clients qui ont des moyens limités pour investir ».

« Les moyens d’investir et d’agir pour faire bouger les choses »

C’est donc pour retrouver une forme de capacité à agir, et à optimiser les procédés énergétiques d’un secteur qui a le vent en poupe comme la microélectronique, que Benjamin candidate aujourd’hui chez STMicroelectronics.

« Ce qui m’intéresse, c’est que cette industrie a aujourd’hui les moyens pour investir et agir afin de faire bouger les choses », résume celui qui vise un seul poste : celui d’ingénieur HVAC (Heating, Ventilation and Air-Conditioning), en charge de la gestion des systèmes énergétiques de chauffage, climatisation, affiché sur le site de Crolles.

Pour Valérie, 52 ans, issue des rangs de la recherche fondamentale au CNRS, c’est aussi le souhait d’un virage pour sa seconde moitié de carrière qui se dessine. « Pour l’instant, il s’agit pour ma part d’une curiosité, avec l’envie de pouvoir faire peut-être profiter à cette industrie de mon expérience de 30 ans dans le domaine des nanomatériaux ». Après cette première, elle ne s’interdira d’ailleurs pas de participer également à d’autres rendez-vous, comme les after-works organisés chez le voisin Soitec.

« Avec le coût de la vie qui augmente, les salaires de la fonction publique ne sont plus vraiment concurrentiels et les évolutions de carrière ne sont plus à la hauteur », résume cette chercheuse du CNRS.

Tous espèrent également se faire une place dans une industrie porteuse, qui offre une forme de sécurité de l’emploi. « Dans le monde où l’on vit, la microélectronique a l’image d’une industrie porteur où tout ne va pas s’écrouler du jour au lendemain, et qui est également porteuse d’une innovation permanente », résume l’un d’eux.

Un nouveau mythe de la Silicon Valley grenobloise est probablement en train de naître.

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