jeudi, mai 23

Climat : le patronat parisien alerte sur le nouveau plan d’urbanisme d’Anne Hidalgo

Il fallait en finir avec le dernier plan datant de 2006. Après trois ans de travail, la maire (PS) de Paris vient de présenter au grand public un nouveau plan local d’urbanisme (PLU) bioclimatique. Le plan a pris le temps de la maturation. Il a été précédé par une Convention citoyenne, un « pacte pour la construction parisienne » et un plan d’aménagement et de développement durable (PADD).

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Aujourd’hui, la Ville vante un moyen d’être « plus économe en énergie et dans l’utilisation des matériaux », de « préserver la mixité sociale », de « renforcer le maillage territorial des équipements publics », d’« améliorer la qualité des espaces publics » et de « valoriser le patrimoine ». Ou encore de « permettre aux Parisiens de se loger à un prix abordable », d’« inclure les enjeux de la transition énergétique et climatique », d’« accompagner les copropriétés dans le financement de la rénovation thermique » et enfin d’« offrir un meilleur cadre de vie ».

Consultées par le premier adjoint (PS) Emmanuel Grégoire chargé notamment de l’urbanisme, les organisations patronales se disent pourtant « vigilantes » voire « inquiètes ».

Du logement social à tous les étages

En cause : un dispositif qualifié d’« inédit » par la municipalité : tout nouvel immeuble de bureaux ou restructuré de plus de 5.000 mètres carrés situé dans l’ouest devra consacrer 10% de sa surface à la création de logements. Précisément, 30% de logements sociaux, 35% en zone de déficit et même 50% dans une zone d’hyper déficit de logement social, un nouveau secteur créé par l’exécutif parisien.

« La servitude de mixité fonctionnelle est un facteur majeur de rééquilibrage de l’offre de bureaux et de logements », s’est félicité Jacques Baudrier, adjoint (PCF) chargé de la construction publique, du suivi des chantiers, de la coordination des travaux sur l’espace public et de la transition écologique du bâti.

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Dans la même veine, 1.000 adresses ont été identifiées avec les maires d’arrondissement pour créer du logement social, dont 400 concernent des immeubles de bureaux. « Nous sommes inquiets car nous n’avons pas de précision sur les adresses retenues », déclare, à La Tribune, Marie-Sophie Claverie Ngo Ky, la directrice générale du Medef Paris.

« Qu’il n’y ait pas de dévalorisation des biens immobiliers de manière arbitraire pour les propriétaires que ce soient des entrepreneurs, des particuliers ou des retraités, ces actifs constituent un élément important de leur qualité de vie, voire un moyen de survivre », met déjà en garde Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME Paris-IDF.

Qui en seront les bénéficiaires ?

Pour trouver un compromis entre logement et bureau, un bonus de surélévation des immeubles sera offert mais « uniquement » pour de l’habitation avec un étage complémentaire et au-delà des règles de gabarit sur les voies de plus de 12 mètres. « C’est un point extrêmement important, mais il n’a pas encore été arbitré », poursuit la porte-parole du mouvement patronal de la capitale.

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L’exécutif local prévoit aussi d’atteindre son objectif de 40% de logements publics en 2035, même si cela dépasse largement la fin du mandat en 2026 et même le suivant. Dans le détail, 30% de logements sociaux (25% aujourd’hui) et 10% de logement « abordable », c’est-à-dire du logement locatif intermédiaire – réservé aux classes moyennes trop riches pour le logement social et trop pauvres pour le parc privé – et du bail réel solidaire (BRS) – c’est-à-dire qui distingue les coûts du bâti et du foncier et qui divise la facture par deux pour l’occupant.

« Nous souhaitons que ces logements soient pour les agents de la Ville de catégorie B ou C ou les travailleurs de la première ligne, tous ces postes qui ne sont pas télétravaillables. Après le Covid, c’est plus que jamais indispensable », martèle Jean-Pierre Lecoq, maire du VIè arrondissement et orateur « Urbanisme » du groupe Changer Paris.

Pour ce faire, le BRS sera « prioritaire » dans toute opération en zone non-déficitaire en logement social de même que 600 nouveaux emplacements ont été « réservés » au logement social et public.

« Nous sommes en désaccord avec cette analyse. 70% des Franciliens y sont éligibles, mais d’autres critères que le revenu – le handicap, la charge de famille – entrent en compte tant est si bien que ces logements sont surtout adressés à des personnes qui ne travaillent pas », pointe Marie-Sophie Claverie Ngo Ky du Medef Paris.

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 Pas d’étude d’impact économique pour l’instant

Autre point de crispation : la suppression du potentiel d’extension de 10% des surfaces d’activité économique dans l’ouest « afin que le rééquilibrage s’accélère », alors que dans le même temps, la mairie veut « faciliter l’implantation et protéger les commerces de proximité ». Dans ce domaine, la majorité d’Anne Hidalgo a déjà accepté que les professions libérales puissent s’installer en rez-de-chaussée.

« Attention à ne pas faire une ville où il ne se crée plus rien. Un boulanger participe à la vie d’un quartier », prévient Jean-Yves Bourgois, directeur général de la Chambre des métiers et de l’artisanat (CMA) Paris-IDF. « C’est un enjeu d’attractivité et de visibilité pour nos métiers », ajoute-t-il.

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Au-delà de toutes ces questions, le patronat a demandé une étude d’impact économique, mais il n’a pas reçu (encore ?) de réponse. Il en obtiendra nécessairement une dès la séance publique du Conseil de Paris prévue le 5 juin prochain. Ou lors de l’enquête publique qui s’ouvrira dans la foulée et qui durera près d’un an, sous la houlette de commissaires-enquêteurs mandatés par l’Etat, avant une adoption définitive des élus fin 2024-début 2025.

La bataille des 300 hectares pour devenir une ville-jardin

La mairie de Paris a affiché un autre objectif très ambitieux : « passer d’une ville avec des jardins à une ville-jardin », selon les mots de Christophe Najdovski, adjoint (EELV) chargé de la végétalisation de l’espace public, des espaces verts, de la biodiversité et de la condition animale.

Objectif : atteindre 10 m² d’espaces verts par habitant. Comment ? En recensant 250 arbres remarquables, en protégeant 10.000 arbres d’alignement, en sanctuarisant tous les espaces verts protégés, le parc des berges de Seine, mais aussi en ajoutant 70 hectares supplémentaires via 10 parc agrandis ou créés. A cet égard, un « grand parc métropolitain » de 15 hectares « traversera » le XVIIIè et le XIXè arrondissements. Sur toutes les parcelles supérieures à 150 m², jusqu’à 65% de pleine de terre devront « impérativement » être prévues dans les projets « sans possibilité de dérogation ».

« En comptant les bois, dont celui de Vincennes, nous sommes à 8,6 m² par habitant. Pour atteindre 10 m², il faut trouver 300 hectares supplémentaires, soit 6 fois le parc de la Villette, sauf que le PLU prévoit seulement 53 hectares », regrette, auprès de La Tribune, le président (EELV) de la commission Urbanisme de la Ville, Emile Meunier.

Dans le cadre de l’enquête publique, ce dernier propose d’augmenter les espaces prévus dans le PLU, d’agrandir les parcs et jardins existants, d’ouvrir des espaces en cœur d’îlot de grands propriétaires type AP-HP et de transformer des avenues en parc. « Nous pouvons faire de l’avenue Foch un nouveau Champ de Mars et gagner 15 hectares à Bercy en allant jusqu’à la Seine », dit encore cet élu du XVIIIè arrondissement.

Dès 2020, le maire (LR) du VIè arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, orateur du groupe Changer Paris sur le PLU, encourageait la Ville à passer des conventions avec les congrégations, les institutions et même les ministères pour qu’ils ouvrent leurs jardins au public.

César Armand

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