samedi, mars 2

Les secousses du secteur bancaire soutiennent les prix de l’or

Le malheur des banques américaines et suisses fait visiblement le bonheur de l’or. Après les spectaculaires faillites de trois banques outre-Atlantique, dont la Silicon Valley Bank (SVB) en Californie, et l’écroulement de ce côté-ci de l’Atlantique du vénérable Credit Suisse racheté par sa compatriote UBS, les investisseurs se sont tournés vers l’or, redoutant une crise bancaire générale.

Sur le marché à terme des métaux précieux de New York, mercredi, le cours de l’once (31,1 grammes) avait terminé la séance en hausse de 1,70%, à 1.982,8 dollars. Lundi matin en séance, il s’est même échangé jusqu’à 2.009 dollars. Depuis son dernier point bas, atteint fin octobre 2022, son prix a progressé de près de 33%.

« La volatilité des marchés mondiaux a fait grimper les cours, les investisseurs recherchant une valeur refuge. L’incertitude croissante favorise l’or. Et quelle que soit la voie empruntée par les banques centrales à ce stade [en matière de hausse des taux], elle pourrait être interprétée comme une erreur de politique monétaire par les investisseurs, qui continueront probablement à vouloir se protéger », explique Nitesh Shah, responsable des marchés des matières premières chez Wisdom Tree.

Le S&P 500 en baisse de 11,5% sur un an

Le S&P 500, l’indice vedette de la Bourse de New York, qui réunit les 500 plus grosses capitalisations américaines, affiche un recul de plus de 11,5% sur un an. Le métal jaune bénéficie également de la chute des rendements des bons du trésor américain à 10 ans, tombés lundi à un plus bas de 6 mois, à 3,3%. Ce jeudi, ils évoluent autour de 3,5%.

L’or profite aussi de la baisse du dollar qui rend mécaniquement plus attractifs les achats pour les détenteurs d’autres devises. Le billet vert reste à un plus bas de sept semaines face à un panier des principales devises, après la nouvelle hausse des taux directeurs, de 0,25 point, décidée par la Fed mercredi.

Quant aux perspectives, les experts de Goldman Sachs anticipent un cours de 2.050 dollars dans les 12 prochains mois, soit le même que celui atteint en mars 2022, après le déclenchement de la guerre russe en Ukraine en février. La banque américaine fait valoir le risque représenté par la fragilisation du secteur bancaire.

La hausse des taux, facteur d’influence

En effet, devant les élus du Congrès, la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, a jeté mercredi un froid en clarifiant sa position.

« Je n’ai pas envisagé ou discuté d’une quelconque protection globale d’assurance ou de garantie pour tous les dépôts », a-t-elle affirmé, voulant écarter l’aléa moral, qui caractérise une prise de risque trop élevée par des établissements bancaires persuadés qu’ils seront toujours sauvés par les pouvoirs publics.

La hausse des taux va être également un facteur d’influence sur l’évolution du métal précieux, un rendement obligataire plus élevé est défavorable au métal jaune. « L’évolution récente du prix de l’or suggère que le rythme et l’ampleur du cycle des taux pourraient ralentir, et la décision de la Fed d’augmenter de 0,25 point ses taux envoie le même signal », déclare ce jeudi Joe Cavatoni, le stratégiste du World Gold Council (WGC) pour l’Amérique du Nord, dans un entretien accordé à Market Watch.

« Nous surveillons la possibilité et le moment d’une récession économique, ce qui poussera dans ce cas de nombreux investisseurs à augmenter leur allocation d’or dans leurs portefeuilles », affirme-t-il.

Néanmoins, il reste à savoir quand cela arrivera. Le métal jaune bénéficie également d’un prix plancher grâce aux achats des banques centrales dont le volume avait atteint l’année dernière un record historique, avec 1.135,7 tonnes contre 450,1 tonnes en 2021, soit une hausse annuelle de 152%, le volume annuel le plus important depuis 1950, selon les données du WGC. Et malgré l’embargo occidental, la Banque centrale russe, citée par l’agence Bloomberg, a annoncé mercredi avoir augmenté ses réserves d’or « de 1.000.000 onces » l’année dernière, soit quelque 31 tonnes, portant son volume total à 2.330 tonnes.

En 2023, ce volume ne devrait pas être aussi élevé, estime le WGC, notamment en raison des effets de la hausse des taux décidées par les institutions monétaires qui peuvent arbitrer leurs réserves de change en faveur des devises ou des obligations.

Les achats des banques centrales en hausse de 16% en janvier

En attendant, « la banque centrale de Singapour a annoncé l’achat en janvier de plus de 1,4 million d’onces d’or, soit l’équivalent de 44.62 tonnes de métal jaune », note Laurent Schwartz, PDG du Comptoir National de l’Or. Cela représente une augmentation de 30% des réserves de la Banque centrale de Singapour qui dispose désormais dans ses coffres de 198 tonnes. « La ville-pays très active en termes de commerce international cherche-t-elle, elle aussi, à dé-dollariser et diversifier ses réserves ? », s’interroge l’expert.

Dans ce cas, il y a de la marge. La banque centrale dispose de près de 291 milliards de dollars de réserves, dont environ 4,5 milliards sont désormais investies en métal jaune, soit seulement 1,5%. Singapour n’est pas le seul acheteur. En janvier, la Turquie, la Chine et le Kazakhstan étaient aussi acheteurs.

Sur le premier mois de l’année, 31 tonnes supplémentaires ont été achetées en net par les banques centrales selon le décompte du WGC, soit 16% de plus qu’en décembre 2022. Une bonne façon de commencer l’année pour le métal jaune.

Robert Jules

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