dimanche, mai 28

Ralph Hamers (UBS) et Ulrich Körner (Crédit Suisse), les hommes clefs d’un sauvetage bancaire sous haute tension

La plus grande banque de Suisse UBS, poussée par les autorités, doit absolument finaliser dimanche le rachat de sa rivale Credit Suisse pour espérer éviter une débâcle et une vague de panique contagieuse sur les marchés lundi.

Plusieurs membres du gouvernement se sont retrouvés dimanche matin au ministère des finances à Berne, rapporte le quotidien 20 Minutes, pour évoquer ce dossier d’une importance capitale pour l’économie suisse.

Le président de la Confédération Alain Berset ainsi que d’autres membres du Conseil fédéral sont arrivés dès 06H30 GMT. Les sept membres du gouvernement s’étaient déjà retrouvés la veille.

L’accord de rachat de Credit Suisse par UBS doit être scellé dimanche au cours d’une réunion extraordinaire du gouvernement et des dirigeants des deux géants bancaires dans la capitale, avait affirmé samedi le tabloïd Blick, généralement bien informé.

Un tel rapprochement est une affaire complexe qui normalement devrait prendre des mois. UBS n’aura eu que quelques jours. Mais les autorités suisses n’ont pas d’autres choix que de pousser UBS à surmonter ses réticences, en raison de l’énorme pression exercée par les grands partenaires économiques et financiers de la Suisse qui craignent pour leur propre place financière, affirme Blick.

Bruno Le Maire, le ministre français des Finances a fait passer clairement le message dans Le Parisien: “Nous attendons maintenant une solution définitive et structurelle aux problèmes de cette banque”. Le Trésor américain avait aussi indiqué qu’il suivait l’affaire de près.

Une solution doit être trouvée avant l’ouverture de la Bourse à 08H00 GMT lundi. Mercredi à la clôture, Credit Suisse ne valait qu’à peine 7 milliards de francs suisses (à peu près autant d’euros) après une chute record de l’action, soit une misère pour une banque qui – comme UBS – fait partie des 30 établissements dans le monde considérés comme trop importants pour les laisser faire faillite.

Mais selon le Financial Times et Blick, les clients de la banque ont retiré 10 milliards de francs suisses de dépôts en une seule journée en fin de semaine dernière dans un climat de méfiance grandissante à l’égard de l’établissement.

Il est aussi probable que pour aller vite, les dirigeants des banques se verront exempté de l’obligation de consulter les actionnaires, affirme le Financial Times. Selon l’agence Bloomberg, UBS exige que les pouvoirs publics prennent en charge des frais légaux et des pertes potentielles qui peuvent se chiffrer en milliards de francs.

Les discussions butent sur la banque d’investissement, indique l’agence financière, un des scénarios à l’étude étant une reprise uniquement de la gestion d’actifs et de fortune avec une cession de la banque d’investissement.

Les discussions portent aussi sur le sort à réserver à la branche helvétique de Credit Suisse, un des pans profitables du groupe qui a perdu 7,3 milliards de francs suisses l’année dernière et table encore sur des pertes “substantielles” en 2023.

Cette branche rassemble la banque de détail et les crédits aux PME. Une des pistes envisagées par les analystes est celle d’une introduction en Bourse, qui éviterait aussi des licenciements massifs en Suisse en raison des doublons avec les activités d’UBS.

Mercredi, la défiance des investisseurs et partenaires a déjà poussé la Banque centrale helvétique à prêter 50 milliards de francs suisses pour redonner de l’oxygène à Credit Suisse et rassurer les marchés. Le répit n’a pourtant été que de courte durée.

Credit Suisse vient de connaître deux années marquées par plusieurs scandales qui ont révélé, de l’aveu même de la direction, “des faiblesses substantielles” dans son “contrôle interne”. L’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (Finma) lui avait reproché d’avoir “gravement manqué à ses obligations prudentielles” dans la faillite de la société financière Greensill qui a marqué le début de ses déboires.

En revanche, UBS, qui a passé plusieurs années à se redresser après le choc de la crise financière de 2008 et un sauvetage massif de l’Etat, commence à récolter les fruits de ses efforts, et selon plusieurs médias la banque n’avait aucune intention avant le week-end de se lancer dans l’aventure Credit Suisse.

La Commission de la concurrence pourrait également sourciller selon la configuration du rachat. Fin octobre, Credit Suisse avait dévoilé un vaste plan de restructuration prévoyant la suppression de 9.000 postes d’ici 2025, soit plus de 17% de ses effectifs.

La banque, qui employait 52.000 personnes fin octobre, envisage de séparer la banque d’affaires du reste de ses activités pour se recentrer sur ses pans les plus stables, dont la gestion de fortune. Mais comme le souligne Blick: “Tout pointe vers une solution suisse ce dimanche. Et quand la bourse ouvrira lundi le Credit Suisse pourrait appartenir au passé”. Ce sera aussi le fruit des échanges qu’aurons noué les deux dirigeants aux personnalités très différentes.

Ralph Hamers (UBS) l’homme du numérique

Aux commandes d’UBS depuis novembre 2020, le Néerlandais Ralph Hamers, 56 ans, est l’ancien patron d’ING, où il s’était bâti une solide réputation en prenant la direction au moment où la banque se trouvait dans une situation difficile pour rembourser les 10 milliards d’euros d’aides publiques accordées durant la crise financière.

Sous sa houlette, ING avait finalement remboursé ses emprunts sept mois avant l’échéance. Son mandat au sein du groupe néerlandais avait cependant été marqué par une affaire d’usage frauduleux de comptes qui avait conduit à la démission du directeur financier.

En 2020, il avait repris la suite de Sergio Ermotti, désormais président du réassureur Swiss Re, qui avait passé neuf ans à redorer l’image d’UBS après son sauvetage par l’Etat et la banque centrale en 2008 et les pertes d’un courtier en 2011 qui avait coûté 2,3 milliards de dollars à la banque. M. Ermotti lui avait passé les clés d’une banque saine, laissant à Ralph Hamers le champ libre pour lancer le virage vers le numérique, l’un de ses grands succès chez ING.

Ce banquier qui s’affiche volontiers sans cravate et col de chemise ouvert, loin de l’uniforme austère des banquiers zurichois, a bien essuyé quelque revers. L’an passé, UBS avait dû renoncer au rachat de Wealthfront, une plateforme californienne de services automatisés dans la gestion de fortune pour laquelle la banque était prête à débourser 1,4 milliard de dollars.

L’opération avait capoté mais la priorité de M. Hamers, à la tête d’une banque qui a généré un bénéfice de 7,6 milliards de dollars en 2022, restait d’investir dans le numérique, et non de racheter une banque en difficultés.

Ulrich Körner, le spécialiste des restructurations –

Le patron de Credit Suisse, Ulrich Körner, 60 ans, s’est vu confier les commandes en août 2022 après avoir été appelé à la rescousse en 2021 pour redresser la gestion d’actifs à la suite de la faillite de la société financière britannique Greensill dans laquelle 10 milliards de dollars avaient été engagés par le biais de quatre fonds.

Qualifié de “technocrate” dans la presse suisse lors de sa nomination, ce discret banquier est connu comme un spécialiste des restructurations. Déjà chez UBS où il a travaillé pendant 11 ans, il avait transformé les fonctions centrales au siège “comme une machine”, avait commenté le quotidien Tages-Anzeiger lorsque le conseil d’administration de Credit Suisse lui avait confié la lourde tâche de mettre au point un plan de restructuration pour redresser la banque.

Docteur en économie, ce ressortissant Germano-suisse a fait un aller-et-retour au fil de sa carrière entre Credit Suisse et UBS, et connait donc bien les deux établissements. En 2007, alors qu’il travaillait chez Credit Suisse, il faisait partie des cadres pressentis pour reprendre la direction. Mais le poste lui avait échappé, le poussant à partir chez UBS.

Revenu chez Credit Suisse depuis deux ans, M. Körner a dévoilé fin octobre un plan de restructuration qui prévoit de séparer la banque d’investissement pour recentrer le groupe sur des activités plus stables comme la gestion de fortune avec 9.000 suppressions de postes d’ici 2025 à la clé, soit plus de 17% des effectifs. Mardi, à la veille de la pire séance de son histoire en Bourse, M. Körner appelait encore les investisseurs à lui laisser trois ans, comme prévu, pour que cette restructuration porte ses fruits. Mais avec une perte annuelle de 7,3 milliards de francs suisses (7,4 milliards d’euros) en 2022, et d’autres pertes encore à venir en 2023, l’inquiétude des marchés a prévalu.

 (Nathalie OLOF-ORS avec Christophe VOGT à GenèveAFP)

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