mercredi, septembre 28

Rodolphe Belmer, l’atout de Bouygues pour adapter TF1 « à l’ère du digital »

En nommant Rodolphe Belmer à la tête de TF1, le groupe Bouygues réaffirme son souhait de transformer le leader français du petit écran, dont le modèle économique serait menacé par les géants américains de la vidéo à la demande. L’état-major de la Une n’a, en effet, cessé de justifier que son deal, récemment avorté, avec M6 n’avait qu’un objectif : investir massivement dans le streaming pour concurrencer les Netflix, Disney Plus ou Amazon Prime, accusés de rogner leurs audiences et leurs recettes publicitaires. C’est, visiblement, la mission qui est maintenant confiée à Rodolphe Belmer. Même si TF1 devra désormais se débrouiller tout seul.

Entre les lignes, TF1 ne cache pas, dans un communiqué publié ce vendredi, que la nomination de Rodolphe Belmer répond à cette ambition. Gilles Pélisson y loue « son expérience dans le secteur des médias et le streaming, (qui) constituent les meilleurs atouts pour relever les défis qui sont devant nous, et conduire le développement du groupe TF1 sur le long terme ». Rodolphe Belmer, lui, se dit « convaincu » qu’il saura « répondre aux multiples enjeux du nouveau monde des médias, et ouvrir au groupe TF1 de nouvelles perspectives de développement et de croissance à l’ère du digital ».

Le streaming, un domaine qui coûte cher

Ce « nouveau monde des médias », l’ancien patron d’Atos, d’Eutelsat, mais surtout de Canal+, le connaît bien. Il est notamment, depuis 2018, administrateur de Netflix, qui fait aujourd’hui figure d’épouvantail auprès de l’état-major de TF1. Reste, bien sûr, à savoir comment le dirigeant, qui sera officiellement proposé au poste de PDG de TF1 lors du conseil d’administration du 27 octobre, s’y prendra pour transformer le groupe. Investir dans le streaming et les contenus, cela coûte très cher. Beaucoup redoutent déjà qu’il initie, sans traîner, un important plan d’économies pour dégager le cash dont il aura besoin…

Après sept années passées à la tête de TF1, Gilles Pélisson, lui, ne quitte pas le groupe Bouygues. Il rejoindra la maison-mère, en tant que directeur général adjoint en charge des médias et du développement. Il ne paye pas, ici, l’échec du mariage avec M6. Son départ et sa nomination étaient actés depuis plus d’un an. TF1 avait préalablement indiqué qu’en cas de mariage avec M6, c’est le patron de ce dernier, Nicolas de Tavernost, qui prendrait les rênes du nouvel ensemble.

Roussat loue le travail de Pélisson

Dans son communiqué, TF1 loue les résultats de Gilles Pélisson. « Sous son impulsion, le groupe a renforcé son leadership dans les contenus et l’information », se félicite Olivier Roussat, le directeur général de Bouygues. En 2021 et malgré la crise sanitaire, TF1 a affiché une santé de fer. Son chiffre d’affaires a progressé de 16%, à 2,4 milliards d’euros. Idem pour son résultat net, qui s’est élevé à 225 millions d’euros.

Il n’empêche qu’en interne, certains estiment que Gilles Pélisson paye les pots cassés de son incursion dans le numérique. Sous sa coupe, TF1 a beaucoup investi, ces dernières années, dans des sites et plateformes comme Doctissimo, MinuteBuzz, et surtout AuFeminin (pour près de 330 millions d’euros !). Mais ces investissements n’ont pas, c’est peu dire, porté leurs fruits… Au point que TF1 a décidé de revendre le tout pour « trois fois moins, (soit) environ 60 millions d’euros » selon Capital, au groupe Reworld en juin dernier.

Pierre Manière

Lien source : Rodolphe Belmer, l’atout de Bouygues pour adapter TF1 « à l’ère du digital »