samedi, avril 13

Logement : l’Occitanie débloque 150 millions d’euros dans l’espoir de relancer la construction

Frappée de plein fouet par la crise du logement, l’Occitanie ne baisse pas les bras pour y faire face. En ce début d’année 2024, le conseil régional vient de voter un plan de 150 millions d’euros pour soutenir le logement et l’habitat durable, avec pas moins de 15 mesures prioritaires pour la période 2024-2026.

« Nous avons voulu nous pencher sur la question de la production de logements. La région accueille 42.000 nouveaux habitants chaque année. La question de la mise de logements sur le marché est donc indispensable. Nous ne construisons pas assez, mais nous aurions besoin d’un niveau de construction de plus de 500.000 logements par an, nous sommes à 50 % des objectifs », déplore Carole Delga, présidente de la Région Occitanie.

Un besoin en construction certain, mais qui laisse tout de même une place importante à la rénovation des infrastructures déjà implantées, notamment les bureaux. « Nous devons nous tourner vers la réhabilitation de bâtiments qui n’étaient pas des logements, pour les transformer en lieu d’habitation. J’ai souhaité que le secteur du BTP soit en pointe en Occitanie sur le sujet », affirme la présidente de la collectivité.

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Parmi ces 150 millions d’euros, 48 millions d’euros seront consacrés à la massification de la rénovation thermique des logements collectifs. Ce dispositif sera mené en partenariat avec l’agence régionale énergie et climat (AREC), les guichets Rénov’Occitanie, Habitat Social d’Occitanie (HSO) et les bailleurs sociaux. 1,2 millions seront utilisés pour lutter contre les logements vacants, par la transformation des biens privés et bâtis laissés à l’abandon en logements sociaux. Pas moins de 11 millions sont attribués au conditionnement des aides au respect de la concertation des habitants et des associations locales, dans les quartiers prioritaires de la ville. Une attention particulière est promise pour les politiques de relogement et à la qualité architecturale et environnementale. Dans une dynamique de création d’emplois, la Région souhaite développer les filières d’éco-matériaux bio et géosourcés, en y consacrant 105.000 euros. Le plan prévoit également 4,7 millions alloués à l’aide des communes et des intercommunalités pour construire des logements sociaux de qualité.

Un nouveau contrat de filière pour soutenir le secteur du BTP

En plus de favoriser la construction d’habitats, ce plan doit aussi permettre d’accompagner la filière, à l’image de ce qui est fait avec les filières spatiale et aéronautique. En ce sens, un nouveau contrat de filière a été signé par la Région avec deux partenaires ayant rédigé ce contrat : la confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment Occitanie (CAPEB) et la fédération française du bâtiment (FFB).

Le premier point est de participer au développement de la filière avec l’aide de la commande publique, sans laisser pour compte les aides à la transformation écologique. Il fait ainsi écho à deux mesures existantes dans le plan habitat durable : rénover le patrimoine bâti des communes rurales pour le rendre moins énergivore (une mesure pour laquelle la région abonde 7 millions d’euros) et massifier la rénovation thermique des logements collectifs (pas moins de 48 millions d’euros alloués). Cette mesure est fortement encouragée par Christian Combes, président de l’Ordre des Architectes : « Il existe une réelle urgence aujourd’hui à comprendre qu’il n’est plus possible de continuer à modifier de manière artificielle l’environnement comme on a pu le faire. Nous en sommes conscients, les architectes, mais je pense également comme les autres acteurs de la construction qu’il va falloir surtout reconstruire la ville sur la ville. Nous allons faire face à une mutation assez forte pour engager la profession et l’ensemble de la filière vers de la réhabilitation plutôt que la construction ».

La deuxième cible de ce contrat est l’intégration des nouvelles technologies dans le secteur. Deux mesures du plan doivent ainsi le permettre : aider les communes de moins de 3.000 habitants dans leurs projets d’habitats innovants (1 million d’euros accordé) et l’amplification du réemploi de matériaux sur les chantiers de construction et de rénovation (62 millions d’euros prévus).

Le dernier but est de rendre plus attractifs les métiers du bâtiment auprès des jeunes et de développer la formation. Cela se traduit par trois mesures du plan dans l’enveloppe de 150 millions d’euros débloquée par la collectivité : populariser les formations pour les métiers de la transition écologique et de l’habitat durable (6 millions), l’augmentation du nombre de formations dédiées à ce secteur (1,5 million) et enfin l’ambition de créer d’ici 2027 un campus régional de formation à Montpellier, ainsi que des formations dans chaque département, dans le secteur de l’habitat durable. Un objectif particulièrement appuyé par Frédéric Carré, président de la FFB : « Ce contrat de filière est un investissement pour maintenir l’emploi. Ce qui est important pour nous, c’est de montrer que notre métier bouge, qu’il est un métier d’avenir. Il faut attirer les jeunes et les personnes en reconversion qui ne se retrouvent plus dans les filières générales, qui ont envie de venir travailler et laisser leur empreinte sur le territoire ».

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Un besoin particulier en logements sociaux

Au 1er février 2024, selon un rapport de la fondation Abbé Pierre, en France, 2,4 millions de ménages sont en attente d’un logement social. Pour l’Occitanie, ce sont 189.000 personnes en attente, soit 10 % de plus qu’en 2023. Selon la fondation Abbé Pierre, la production de logements sociaux en Occitanie en 2023 est de 8.400 logements par an. Or, on dénombre 200.000 demandeurs de logements sociaux, pour un parc de 325.000 logements de ce type. « 30 % de ces demandeurs vivent dans un habitat précaire : dans la rue, un squat, un hébergement chez un tiers ou un foyer. Ce pourcentage est énorme et une grande partie de ces ménages sont des salariés. Il faut vraiment reconnaître cette nécessité de se mobiliser aujourd’hui tous sur ce sujet et redonner une marge de manœuvre pour produire du logement », explique Sylvie Chamvoux, directrice de l’agence Occitanie de la fondation Abbé Pierre.

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