samedi, avril 13

Nucléaire : EDF en opération séduction à Prague pour vendre ses EPR à la République tchèque face au sud-coréen KHNP

Et de trois. Emmanuel Macron se rendra mardi prochain en République tchèque pour la troisième fois en l’espace de quelques mois seulement. L’objectif est de renforcer la coopération bilatérale, notamment dans le nucléaire civil et l’industrie de défense, et de discuter du soutien à l’Ukraine. L’un des points d’orgue de cette nouvelle visite sera le forum nucléaire franco-tchèque, organisé par l’ambassade de France pour l’occasion.

« Le forum franco-tchèque sera ouvert par les ministres français et tchèque de l’énergie Roland Lescure et Jozef Síkela en présence d’EDF et de toute la chaîne de valeur et de la chaîne de sous-traitance autour de l’offre d’EDF pour le programme nucléaire tchèque, qui est dans une phase décisive avec une prochaine décision d’attribution », précise l’Elysée.

Les dirigeants d’EDF, d’Orano et de Framatome au rendez-vous

Sans surprise, le PDG d’EDF Luc Rémont fera partie de la délégation officielle. Il sera également accompagné des dirigeants d’Orano, géant du cycle du combustible, et de Framatome, l’artisan historique des réacteurs français, mais aussi de François Jacq, administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

L’enjeu est de taille pour Paris puisque EDF se trouve désormais en finale, seul face au sud-coréen KHNP, pour décrocher la construction de quatre réacteurs nucléaires de type EPR. En effet, début février, Prague a modifié son appel d’offres en annonçant officiellement vouloir construire, non plus un seul réacteur nucléaire comme envisagé initialement, mais quatre pour les centrales électriques de Temelin et de Dukovany, construites à l’époque soviétique.

A cette occasion, le gouvernement tchèque a indiqué que Westinghouse n’était désormais plus dans la course, car son offre n’était pas contraignante. L’entreprise américaine figurait pourtant parmi les favoris, après avoir remporté la construction d’une centrale nucléaire, en Pologne voisine, grâce à sa technologie AP1000.

Quatre réacteurs en jeu

De son côté, EDF avait déposé, fin octobre, une offre engageante pour un réacteur et trois autres réacteurs de 1.200 mégawatts (MW) en option, soit une puissance inférieure à celle des EPR français en construction ou à l’étude. Le groupe tricolore doit désormais mettre à jour son offre pour se positionner sur quatre réacteurs de manière engageante, et ce, au plus tard, le 15 avril prochain. L’entreprise française, qui visait initialement une réponse de l’appel d’offres au printemps, table désormais sur une annonce en juin. Le contrat avec le fournisseur sélectionné devrait être signé au tournant des années 2024 et 2025 et le premier réacteur devrait être lancé en 2036.

L’électricien mise sur le contexte géopolitique et les enjeux de souveraineté énergétique, exacerbés par la guerre en Ukraine, pour tirer son épingle du jeu.

« Notre offre est indépendante, toute la propriété intellectuelle se situe au sein même du groupe EDF et de sa filière. Elle repose aussi sur des fournisseurs 100% européens », faisait valoir, en octobre dernier, Vakis Ramany, le directeur du nouveau nucléaire à l’international.

Des atouts indéniables, mais une image entachée

Malgré ces atouts indéniables, l’image d’EDF reste largement entachée par les multiples déboires de l’EPR. Celui de Flamanville, ne devrait entrer en service qu’à la mi-2024, avec douze années de retard sur le planning initial. La mise en service de la centrale d’Hinkley Point C, elle aussi, a été maintes fois reportée et est désormais attendue pour 2029, au plus tôt.

La République tchèque exploite déjà six réacteurs sur son territoire. Quatre sont situés sur le site de Dukovany et deux autres sur celui de Temelin. Ce pays, dont le mix électrique repose encore largement sur le charbon (40,8 %), entend significativement augmenter la part du nucléaire dans son bouquet de production électrique, aujourd’hui déjà établie à 37,5%.

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Juliette Raynal

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