samedi, avril 13

Nouvelle-Calédonie : l’usine de nickel Prony va bénéficier d’un prêt de 140 millions d’euros de l’Etat

C’est officiel. L’Etat français a accordé un prêt de 140 millions d’euros à l’usine de nickel Prony Ressources, l’un des trois grands métallurgistes de Nouvelle-Calédonie, selon un décret paru ce vendredi au Journal officiel. Un prêt censé lui éviter la cessation de paiement et le faire tenir jusqu’à 2026.

« L’Etat versera cent quarante millions d’euros au titre du programme du Fonds de développement économique et social (FDES), par l’entremise de Bpifrance, sous la forme de prêt au profit de la société Prony Resources », indique le décret du Journal officiel, qui précise que l’arrêté du ministre de l’Economie Bruno Le Maire a été signé le 19 février.

Outre ces 140 millions, Sonia Backès, la présidente de la province Sud où le site est implanté, avait précisé mi-février qu’une subvention annuelle de 40 millions d’euros, destinée à compenser la hausse des coûts de l’énergie, serait également accordée à Prony Resources, sous réserve là encore de la signature du « pacte nickel ».

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Un « pacte nickel »

Pour rappel, la combinaison de mauvais rendements, d’une énergie coûteuse et d’une forte concurrence étrangère ont fait plonger dans le rouge les trois usines métallurgiques traitant le nickel extrait sur l’archipel français du Pacifique, qui représente la quasi-totalité de ses exportations de et près du quart de l’emploi privé. D’autant que la Nouvelle-Calédonie est l’un des cinq plus importants pays producteurs mondiaux de nickel, selon le Groupe d’étude international sur le nickel (INSG).

L’Etat a alors accepté fin 2023 d’aider les trois usines métallurgiques en mauvaise santé économique (KNS, la SLN et Prony Resources). Ce sauvetage est en outre conditionné à la signature d’un « pacte nickel » censé pérenniser l’avenir de la filière. Il n’y aura « pas de versement » du prêt sans signature d’un accord sur le nickel en Nouvelle-Calédonie, a toutefois précisé Bercy à l’AFP.

Un pacte sous certaines conditions posées par le gouvernement, notamment le fait que les élus acceptent d’exporter une partie du minerai – activité rentable – au lieu de le transformer sur place et que les industriels s’engagent à développer et investir dans les usines. L’Etat, lui, s’engagerait à moderniser le réseau électrique calédonien pour faire baisser le prix de l’énergie.

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Prony Ressources à la recherche d’un repreneur

Une aide qui serait de plus la bienvenue pour Prony Ressources, qui est à la recherche d’un repreneur. Pour tenter de trouver un avenir au site, une fiduciaire regroupant les parts du négociant suisse Trafigura (19% de Prony Resources), de la Compagnie financière de Prony (30%) et de 25% des 30% détenus par la Société de participation minière du Sud calédonien (SPMSC, qui regroupe des intérêts publics dont la province Sud) doit être constituée. Cela permettrait à un éventuel repreneur d’acquérir jusqu’à 74% de Prony Resources.

En effet, depuis son rachat au groupe minier brésilien Vale en 2021, le site métallurgique Prony Resources a accumulé les pertes, qui ont atteint 108 millions d’euros pour la seule année 2023. Outre la chute des cours du nickel, ces piètres résultats s’expliquent par une production insuffisante mais aussi, selon Sonia Backès, « des contrats prétarifés avec Vale et Trafigura au détriment de Prony Resources ».

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KNS et la SLN en eaux troubles

Une autre usine de nickel de Nouvelle-Calédonie, Koniambo Nickel SAS (KNS), a de son côté été mise en sommeil pour au moins six mois par son actionnaire principal, le groupe suisse Glencore, dans l’attente également d’un éventuel repreneur. Le salaire de ses 1.300 employés a été maintenu pendant cette période, mais 2.000 emplois indirects sont menacés.

L’industriel historique, la Société-Le Nickel (SLN) est, lui, fortement endettée (493 millions d’euros de dette financière nette fin 2022) et son actionnaire majoritaire Eramet a confirmé fin octobre qu’il n’injecterait pas plus d’argent dans sa filiale. Or la SLN a effectué en août le dernier tirage d’un important prêt de 60 millions d’euros consenti par l’Etat. La cessation de paiement n’est « qu’une question de semaines », confiait en janvier Jérôme Fabre son directeur général.

Eramet et l’Etat français annonceront « dans les toutes prochaines semaines » la solution retenue pour alléger le poids de la dette de la Société Le Nickel (SLN), a indiqué fin février la PDG du groupe minier Christel Bories. « L’Etat a refait un prêt de 60 millions d’euros en février à la SLN » (…) et « nous discutons avec l’Etat de la façon de décorréler l’impact de cette dette de nos comptes consolidés » en attendant une « solution industrielle », a-t-elle déclaré à la presse, lors de la présentation des résultats annuels.

(Avec AFP)

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