samedi, avril 13

Electricité : Bercy accroît la pression sur les industriels et EDF pour nouer des contrats de long terme

C’est une situation délicate pour Bercy. Alors que le gouvernement a laissé le champ libre à EDF pour nouer des contrats de long terme avec les industriels selon ses propres conditions, ceux-ci tardent à voir le jour. Pourtant, l’électricien public lui-même en dépend pour avoir une visibilité sur ses revenus, et par là même absorber sa dette et financer ses investissements dans le nucléaire. Mais avec la chute des prix de l’électricité sur les marchés ces dernières semaines, EDF ne se trouve plus en position de force pour négocier ses prix. Mercredi, les cours sur la bourse d’échange européenne EPEX sont même passés sous la barre fatidique des 60 euros le mégawattheure (MWh) pour livraison en 2026… soit moins que le coût de production du nucléaire calculé par le régulateur.

Dans ces conditions, le nouveau ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Energie, Roland Lescure, a rencontré jeudi le PDG d’EDF, Luc Rémont, et les représentants de l’organisation professionnelle France Industrie dès le lendemain. Le mot d’ordre : les pousser à se mettre d’accord au plus vite pour signer des contrats, à un prix ni trop faible afin de satisfaire EDF, ni trop élevé pour que les industriels s’y retrouvent. « Aujourd’hui, le nombre d’accords de long terme signés avec de gros industriels intensifs se comptent sur les doigts d’une main. Ce n’est pas suffisant, il faut accélérer », explique à La Tribune le ministre, déterminé à accroître la « pression » sur les « deux parties ».

« Il y a un an et demi, les prix de marché étaient au plafond et les industriels hurlaient à cause de coûts stratosphériques, Maintenant qu’ils ont baissé, les entreprises doivent en profiter pour signer, plutôt que d’attendre ! Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », ajoute-t-il.

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Partage des risques

Il faut dire que si la situation ne se décante pas, cela risque de mettre un coup à l’accord sur les prix de l’électricité signé entre EDF et l’Etat en novembre dernier. Et pour cause, alors que ce deal consiste à laisser EDF négocier des contrats d’approvisionnement sur le moyen et le long terme avec des clients professionnels, il ne prévoit aucun parachute si les cours s’effondrent en-deçà des coûts de production de l’opérateur historique.

« Nous voulons que cet accord soit mis en œuvre », insiste néanmoins Roland Lescure, après avoir pourtant ouvert la porte mercredi à d’autres dispositifs jusqu’ici rejetés par EDF, comme une régulation plus poussée des tarifs par l’Etat.

Mais cette pression n’est pas forcément vue d’un bon œil par les industriels électro-intensifs. « Le sujet principal, ce n’est pas le prix. Signer un contrat sur dix ou quinze ans, ce n’est pas rien : il faut trouver un bon point d’équilibre pour partager les risques quant aux futures performances du parc nucléaire, par exemple. Or, sur le sujet, EDF demande un partage des risques qui pèse trop sur les entreprises », fait valoir Nicolas de Warren, président de l’Union des industries utilisatrices d’énergie (Uniden).

Depuis quelques semaines en effet, EDF propose aux industriels électro-intensifs de signer des contrats adossés à des actifs nucléaires. Ces « partenariats » doivent porter sur des durées de 10 à 15 ans, voire au-delà. S’apparentant à des contrats de type PPA (Power purchase agreement), ils incluent des avances versées par les clients. Objectif : réserver une portion de la production du parc nucléaire, avec des paiements qui seraient ensuite fonction des coûts de revient des centrales. L’électricien souhaite ainsi partager ses risques et obtenir de la visibilité sur ses revenus.

Mais même si les industriels « veulent s’affranchir de la volatilité du marché », ils ne sont « pas prêts à accepter une exposition trop forte », insiste Nicolas de Warren. Et dans ce contexte, l’Etat a en réalité peu de marge de manœuvre. « Les entreprises électro-intensives ne font pas la fine bouche. Tout le monde a envie de signer des accords. Mais pour ça, par définition, il faut tomber d’accord », lâche une source industrielle ayant requis l’anonymat.

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Marine Godelier

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