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Salon de l’agriculture : le grand débat d’Emmanuel Macron avec les agriculteurs fait flop

[Article publié le vendredi 23 février à 12h19 et mis à jour à 18h46]

Fiasco. Après la polémique sur l’invitation d’un collectif écologiste, Emmanuel Macron a annoncé qu’il renonçait à tenir un grand débat avec les agriculteurs ce samedi au Salon de l’Agriculture. Le président a cependant indiqué qu’il inaugurerait bien ce grand rendez-vous annuel et rencontrerait les syndicats agricoles au préalable.

« Les syndicats agricoles (…) avaient voulu un débat ouvert. Ils en demandent aujourd’hui l’annulation. Dont acte », a écrit le chef de l’Etat sur le réseau social X, en précisant qu’il invitera samedi matin « tous les syndicats agricoles avant l’ouverture officielle du salon ». « Je serai là pour l’ouvrir et irai au contact de tous ceux qui veulent échanger comme je le fais chaque année », a-t-il poursuivi.

Polémiques en série

Cette décision du président de la République fait suite à une série de polémiques. Ce vendredi, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, ainsi que les autres représentant de la Fédération, avaient déjà confirmé qu’ils ne participeraient pas au débat organisé, pour finalement en demander l’annulation.

« Les conditions d’un dialogue plus apaisé ne sont pas réunies et la dignité des agriculteurs est bafouée par cette démarche qui porte le sceau de la provocation. Dans ce climat d’exaspération, et face aux risques de débordement, nous demandons à ne pas tenir ce débat », a indiqué Arnaud Rousseau sur X, à l’issue d’une réunion du conseil d’administration de la FNSEA.

Ce débat, d’une durée deux heures, devait permettre d’« esquisser l’avenir » de la filière, d’après l’Elysée. Prévu demain, il était censé réunir les principaux responsables des syndicats agricoles (FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale, Confédération paysanne, etc.), mais aussi des représentants de la grande distribution et des industriels. Plusieurs responsables d’associations environnementales sont également invités.

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Imbroglio autour du débat

Or, « l’invitation » de l’exécutif du collectif écologiste « Les soulèvements de la Terre » a causé des remous au sein des syndicats agricoles et même du gouvernement lui-même. Rebondissement ce vendredi matin de la présidence : « Les Soulèvements de la Terre n’ont été ni conviés ni contactés. Il s’agit d’une erreur faite lors de l’entretien avec la presse en amont de l’événement. »

Mais ce rectificatif n’avait pas convaincu la FNSEA. « La politique, c’est autre chose que de la com’ ou du show. Et dans le moment où l’on est, (cette invitation, ndlr) renvoie l’image aux agriculteurs que finalement rien n’a été compris de leurs problématiques », a affirmé Arnaud Rousseau, lors d’une interview sur BFMTV/RMC.

Avant d’ajouter : le mouvement des Soulèvements de la Terre « lance des cocktails Molotov sur les gendarmes et détruit les biens des agriculteurs. (…) Qui peut imaginer que les conditions du dialogue soient réunies dans ces conditions ? Personne de sérieux ne peut l’imaginer ».

« Je ne serai pas l’acteur de quelque chose que je considère comme particulièrement cynique et qui ne permet pas le dialogue dans de bonnes conditions », avait-t-il martelé lors de cette interview : « Le président fera ce qu’il veut, je ne participerai pas à ce débat »

Vendredi matin, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau s’était même désolidarisé de l’invitation lancée par Emmanuel Macron, la jugeant « inopportune compte tenu du contexte ». Les Soulèvements de la Terre constituent « un collectif dont le modèle d’expression est plutôt le cocktail Molotov », a-t-il affirmé sur TF1. « Donc on ne discute pas avec ces gens-là ».

Pourtant, le président de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, juge « importante » « l’idée que les agriculteurs puissent exprimer leur colère au président de la République (…) pour qu’il entende les réalités de la colère profonde qui existent sur le terrain ». D’autant que ce débat intervient alors que, mercredi, le Premier ministre, Gabriel Attal, a fait un point d’étape sur les différentes mesures promises au début du mois aux agriculteurs. Mais la prise de parole de l’exécutif est loin d’avoir convaincu les exploitants, qui ont repris les actions coup de poing, notamment en bloquant des routes et en procédant à des contrôles dans les supermarchés.

Outre la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs ne se rendront également pas au débat. Même son de cloche pour la Coopération Agricole, selon des informations de La Tribune. Plusieurs ONG invitées, dont Générations Futures et la Fondation pour la Nature et l’Homme indiqueront si elles participeront au débat en fin de journée.

De son côté, le représentant du premier distributeur alimentaire français E.Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, a fustigé l’idée de ce débat prévu au Salon de l’agriculture, dénonçant un « coup de com » , a-t-il déclaré vendredi sur X.

« Je n’ai pas attendu l’annonce foireuse d’un “grand débat” pour échanger avec des agriculteurs de nos régions », a-t-il indiqué sur le réseau social. « Je ne participerai pas à ce que j’estime être une grossière manipulation », a-t-il ajouté, n’ayant « vocation ni à jouer l’idiot utile d’une opération de diversion, ni à être l’otage de stratégies politiciennes liées aux prochaines élections européennes ».

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Ambiance électrique attendue au Salon de l’Agriculture

Alors que l’épisode Soulèvements de la Terre a rajouté de l’huile sur le feu en cette veille du Salon de l’Agriculture, des défilés de tracteurs ont été organisés ce vendredi, à Paris. Arrivés à bord de 14 tracteurs, en car ou par leurs propres moyens, plus de 200 agriculteurs ont convergé dans l’après-midi vers le sud-ouest de la capitale, à l’appel de l’alliance majoritaire FNSEA/Jeunes agriculteurs (JA).

Un peu plus au nord dans Paris, un trentaine de tracteurs, qui avaient stationné plusieurs heures derrière les Invalides à l’initiative du syndicat rival Coordination rurale, ont commencé à rebrousser chemin vers 17 heures comme convenu avec les autorités.

De son côté, le président du Salon de l’agriculture, Jean-Luc Poulain, s’attend à des échanges « virils » samedi lors de la visite inaugurale d’Emmanuel Macron au déroulé incertain, plus d’un mois après le déclenchement de la crise agricole. L’épisode Soulèvements de la Terre ayant rajouté de l’huile sur le feu.

Le président du salon ne dissimulait pas notamment une certaine « inquiétude », en marge de l’arrivée de la vache égérie de cette 60e édition, la Normande Oreillette. « Ça va être un salon d’explications, un salon qui pourrait être un peu viril – on peut être viril mais correct – parce que le monde agricole a besoin tout de suite de réponses précises », a-t-il déclaré à l’AFP.

Pour rappel, le Salon de l’agriculture, qui attend 600.000 visiteurs, appartient au Centre national des expositions et concours agricoles (Ceneca), constitué des grandes organisations agricoles, en particulier le fonds d’investissement Unigrains, fondé par les céréaliers français, la FNSEA ou encore son association de betteraviers CGB.

(Avec AFP)

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