samedi, avril 13

Le ski sans la neige, le pari électrique d’une startup normande

C’est un curieux engin hybride qui se situe quelque part entre le gyropode et le snowboard. La startup normande E-Line s’apprête à lancer sur le marché, sous la marque Skwheel, ce qui est présenté comme « les premiers skis électriques au monde ». Mais oubliez les spatules et les bâtons. Ceux-ci s’accommodent mal du manteau neigeux. Ils sont nantis de deux paires de roues directionnelles, de deux batteries et d’une télécommande sans fil qui régule la vitesse et le freinage.

Transportables comme une valise à roulettes, ils s’utilisent avec des chaussures classiques et sur tous les types de terrains : de la plage, à l’asphalte en passant par le chemin forestier jusqu’aux pistes vertes et bleues des stations (pourvu qu’elles soient sans neige). Leurs deux moteurs les propulsent au choix à 25 km/h en ville et jusqu’à 80 ailleurs. « Ils procurent la même sensation de glisse que des skis classiques et peuvent être pris en main aussi facilement qu’une trottinette parce le centre de gravité très bas est très sécurisant », assure Joseph Dahirel, co-fondateur et directeur commercial.

Manifestement, les premiers utilisateurs ont été convaincus. Aurélien Ducroz, double champion du monde de ski freeride, qui les a testé en parle comme d’une « belle surprise ». « On a vraiment l’impression de faire du ski », commente-t-il dans une vidéo où on le voit, chaussé des Skwheels, débouler à fond de train sur les routes pentues de Martinique. Moins casse-cou, l’INPI, qui a intégré E-Line dans son « startup program », préfère en parler comme d’une « solution de mobilité douce pour répondre aux enjeux environnementaux et de déplacement de demain ».

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Une alternative au ski de piste ?

Les skis connectés ont aussi séduit Business France qui a embarqué ses concepteurs dans ses valises à l’occasion de la grand-messe de la tech de Las Vegas. Les intéressés n’ont pas eu à se plaindre des retombées du salon. La campagne de financement participatif lancée pendant le CES leur a permis de collecter plus de 105.000 euros de précommandes sans compter des touches commerciales prometteuses. « Une douzaine de distributeurs internationaux et plusieurs stations de skis nous ont approchés après le CES », indique Joseph Dahirel.

Prudente, l’entreprise a pris soin de protéger son concept pour « conserver une longueur d’avance ». Deux brevets ont été déposés avec le soutien de l’INPI, trois autres sont en cours de dépôt et une dizaine d’autres sont annoncés d’ici le mois de septembre. En attendant, la société, qui est immatriculée à Conteville dans l’Eure, s’est mis en quête d’un site « quelque part entre Rouen et Le Havre » pour y installer sa future usine d’assemblage. « L’électronique viendra de Chine et toutes les pièces mécaniques d’Europe », précise son directeur commercial. Les premières livraisons sont espérées cet été pour un prix compris entre 1.600 et 2.200 euros la paire.

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Dans la ligne de mire des trois co-fondateurs, les urbains connectés, mais aussi les opérateurs des stations de montagne que le changement climatique pousse à rechercher des alternatives au ski classique. E-Line promet à leur intention une deuxième version de son engin sur roues « avec de grosses suspensions » taillées pour les pistes noires. Un positionnement qui ne doit rien au hasard alors que la neige manque à peu près partout, sauf à haute altitude.

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