samedi, avril 13

Le Sri Lanka paye le pétrole de l’lran avec… du thé

C’est un échange quelque peu atypique. Le Sri Lanka, en proie à de graves difficultés économiques et financières, a annoncé mercredi avoir exporté du thé pour une valeur de 20 millions de dollars vers l’Iran. Et ce, afin de rembourser partiellement sa dette pétrolière d’un montant de 251 millions de dollars.

« Jusqu’à présent, 20 millions de dollars de thé ont été exportés vers l’Iran dans le cadre de l’accord de troc », a déclaré le bureau du Premier ministre sri-lankais, Dinesh Gunawardena, à l’issue de discussions à Colombo avec le ministre iranien des affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian. Le thé de Ceylan, le nom de l’île à l’époque coloniale, représentait près de la moitié de la consommation iranienne en 2016, avant de diminuer ces dernières années.

Gagnant-gagnant

L’accord thé-pétrole avantage les deux pays. Au-delà de permettre au Sri Lanka de rembourser partiellement sa dette pétrolière, cet accord de troc permet à l’Iran, frappé par des sanctions américaines, de ne pas avoir à utiliser ses maigres devises pour payer les importations de thé de Ceylan, très prisé dans le pays. D’autant que le Sri Lanka est également à court de devises étrangères.

Selon les autorités sri-lankaises, l’échange thé contre pétrole n’enfreint pas les sanctions américaines contre l’Iran, puisque le thé est un produit alimentaire et que l’accord n’implique pas de banques iraniennes, figurant sur la liste noire de Washington.

Grave crise économique

Cet accord a été conclu à l’origine en décembre 2021. Mais les exportations ont été retardées par la crise économique sri-lankaise. En effet, l’île de 22 millions d’habitants a connu des mois de pénurie de nourriture, de carburant et de médicaments au plus fort de la crise financière de 2022, alors que le pays manquait de devises pour financer ses importations essentielles.

Des mois de manifestations ont alors fini par éclater face à une situation économique éprouvante pour les habitants. Des manifestants avaient même fait irruption dans le palais présidentiel, entraînant la fuite du président Gotabaya Rajapaksa, puis sa démission en juillet 2022.

Lire aussiNucléaire : malgré les sanctions américaines, l’Iran lance la construction d’un nouveau réacteur

Outre la gestion économique de l’ex-président, Rajapaksa avait notamment centralisé le pouvoir après son entrée en fonction en 2019 en supprimant le contrôle indépendant de la police, de la justice et des autorités électorales. Rentré depuis au Sri Lanka, l’ex-président vit sous protection armée, tandis que se multiplient les appels à son arrestation et à des poursuites pour des accusations de corruption.

Résultat, le Sri Lanka a fait défaut sur sa dette extérieure de 46 milliards de dollars en avril 2022. Depuis, Colombo a obtenu un renflouement de 2,9 milliards de dollars du FMI l’année dernière, toutefois subordonné à un accord sur la dette avec les créanciers étrangers. La restructuration de la dette extérieure du Sri Lanka devrait être finalisée d’ici le début du mois d’avril, a annoncé début janvier le gouvernement, encouragé par des signes selon lesquels l’économie sortirait de la pire crise qu’elle ait connue.

(Avec AFP)

Lien source : Le Sri Lanka paye le pétrole de l'lran avec... du thé